dimanche 27 juillet 2008
"L'âme romaine" de P. Grimal
Au risque de vexer nombre d'historiens et historiophiles, je le dis: maints livres d'histoires sont ennuyeux à mourir.
Bien sûr, je reconnais la somme de travail fait pour construire le livre, et il y a du mérite. Mais les livres en question sont idéaux pour vaincre la plus chronique des insomnies. Complètement vides d'émotion, de vie, il est malaisé d'apprendre une liste de dates et de faits relatés froidement, comme si tout cela ne nous concernait si peu.
En conséquence, pour mieux mémoriser les faits, je m'efforce de les relier à une émotion: l'héroïsme quasi fanatique des Spartiates aux Thermopyles, la joie de la victoire des Athéniens devant les Perses défaits à Salamine ("Dis, Tonton Eschyle, tu me racontes encore comment c'était?"), ou l'émerveillement devant les oies de Junon protégeant le peuple de Rome.
Attention, je ne dis pas que les livres d'histoire doivent faire dans une débauche de sentiments. Cela fausserait la perception. Mais peut-être qu'un peu plus d'enthousiasme pour la transmission de son savoir ne serait pas de trop dans leur rédaction. Au fait, saviez-vous que Professeur Binns, le prof d'histoire de Poudlard, est le plus ennuyeux des enseignants de l'école?
La passion pour sa matière, M. Grimal, une star de la filière des langues anciennes, n'en est pas dépourvu. Et c'est tant mieux pour tous les étudiants ou amateurs.
Son livre, "L'âme romaine", a ceci d'original qu'il se présente sous forme de dialogue entre Marcus, mini-Marc-Aurèle, et Fronton, son pédagogue. Ou précepteur, comme vous voulez. Marcus et Fronton se promènent donc dans Rome, et devisent chemin faisant. Chaque monument, ou chaque coutume est aussitôt prétexte à un joli cours d'histoire et de civilisation. Marcus, avec la naïveté de son jeune âge, pose toutes les questions, et Fronton l'instruit. Ou plutôt, nous instruit.
Religion, histoire, architecture, presque tout est abordé sous forme de guide. L'ensemble est frais, vivant, agréable à lire et ne donne qu'une envie: en savoir davantage en complétant l'enseignement de Fronton-Grimal avec une recherche d'images pour bien se représenter les monuments et l'habitat romain.
J'ai remarqué, en étudiant l'histoire, que, souvent, mes camarades et moi avions beaucoup de mal à nous représenter la cohérence ou la "mentalité" des Anciens. Ce ne sont pas les mêmes codes, pas la même société, pas la même culture, pas la même pensée. Il nous était difficile de bien comprendre ce que représentait telle institution ou telle fête, nous ne voyions tout cela que d'un point de vue trop extérieur. Pierre Grimal, grâce à ses personnages, parvient à complètement nous immerger dans la culture romaine, avec ce qu'elle contient comme barbarie et contradictions, mais aussi de beauté, et son livre constitue un agréable manuel de révision.
