Chez Anne Hecquedote

Cruchotte, psychote et radote.

jeudi 5 novembre 2009

"American Psycho", B. E. Ellis

    Hey Pat!

    Je m'adresse à toi car j'ai du mal à écrire à un auteur vivant. Je suis d'une mortelle timidité. Je préfère m'adresser à un personnage fictif, c'est plus facile.

    american_psychoQuel drôle de nom que le tien! Pat Bateman... pour moi, "saloperie européenne", c'est difficile de ne pas penser au Dark Knight, même si tu n'as pas grand-chose à voir avec ce héros. Oh, comme lui, tu as de l'argent à n'en plus savoir qu'en faire, comme lui, tu vis dans une ville de buildings, comme lui, tu as une double vie...  et, pas comme lui, tu tortures, assassines et violes n'importe qui.

    Le début de tes aventures m'ennuya considérablement, je dois le dire. Quel intérêt y-a-t-il à lire une éternelle litanie de marques luxueuses? Chaque fois qu'un personnage entre en scène, tu détailles tout ce qu'il porte, mes dieux, c'est d'un ennui... j'ai donc lu une grande partie du roman de loin.

    Et puis, j'ai remarqué que tu semais, çà et là, des allusions à tes activités sanglantes. Sans les détailler. Et, plus le roman avance, plus tu détailles tes tortures. Certaines pages sont insoutenables.

    Et, tu sais, en lisant le roman, je me suis demandée si le problème venait de toi ou du monde dans lequel tu évolues. Ou des deux à la fois. Pourquoi?

    Parce que tu ne sembles jamais voir les visages des gens qui t'entourent. Jamais ils ne sont décrits (ou alors quand ils disparaissent sous les litres de sang et les chairs déchiquetées). Non, les personnes qui t'entourent n'ont pas de visage, ni de personnalité singulière (j'ai mis du temps à comprendre qui était ta copine, d'ailleurs, c'est qu'en plus, Monsieur se débauche). Il n'y a que des prénoms et des marques de vêtements et de chaussures. Tous les personnages se résument à cela: des sans-visage, comme des mannequins, habillés et chaussés d'étiquettes. Peut-être que c'est pour cela que tu te plais à les découper: c'est la seule façon pour toi de les voir, de leur donner une présence tangible.

    Et pourquoi ton monde me pose problème? Mais tu l'as constaté toi-même, Pat. Les conversations ne sont que des copier-coller de mondanités ineptes. Tes proches sont des robots dépourvus de spontanéité, figés dans des situations fausses, artificielles.

    Ce qui est passionnant dans ton histoire, Pat, c'est qu'il est impossible de décider si tu es un tueur parce que tu es un robot ou parce que les autres sont des robots. Vous formez un tout parfaitement cohérent, les gens et toi. Tu es un symptôme de la course à la vanité, tu pousses le principe du je-veux-tout jusqu'au bout.

    En achevant le roman, je me suis demandée pourquoi ton auteur l'avait écrit. Pourquoi avait-il fait un texte aussi glauque et révoltant?

    Peut-être pour réveiller les individus en nous. Pour nous rendre un morceau d'humanité en nous forçant à nous s'indigner face à la misère et la barbarie, sous toutes ses formes, chose dont tes camarades de scène sont incapables de faire...

Posté par annekdotas à 23:32 - Littéradote - Commentaires [4] - Permalien [#]
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