Chez Anne Hecquedote

Cruchotte, psychote et radote.

dimanche 6 décembre 2009

"Le cocher", de Selma Lagerlöf

    Tante Selma,

   le_cocher J'ai bien lu ta nouvelle "Le cocher", et je l'ai finie hier au soir. J'ai aimé et en même temps peu apprécié ce récit fantastique qui me rappela les légendes bretonnes sur la mort. L'Ankou, sa faux, sa charrette, les morts gardant les cimetières...

    Rappelons un peu la petite histoire: Soeur Edit se meurt de tuberculose. Elle, toujours si douce, demande impérieusement la présence d'un homme, David Holm, près d'elle. Ses proches rechignent: David Holm est le pire des misérables, saoûlographe chevronné, tourmenteur de sa femme et de ses enfants... Ils finissent par obtempérer, mais, le temps qu'ils partent, David meurt brutalement. Le voilà contraint de suivre un mystérieux cocher...

    J'ai eu un peu de mal à commencer ton roman. Tu as une narration un peu austère, un peu froide, qui détone un peu avec la transfiguration d'Edit. En revanche, quand le récit se teinte de fantastique... je te suis de tous mes yeux!

    Tu manies le suspense avec habileté, avec cette manie perverse qu'ont les écrivains de  forcer le lecteur à se poser cinquante mille questions. Pourquoi soeur Edit tient-elle tant à voir David Holm? Pourquoi celui-ci est-il si méchant? Qui est-il réellement?  Parviendra-t-il à la rédemption?

    Certaines réponses m'ont satisfaite, d'autres m'ont déçue. Vois-tu, Tante Selma, je ne suis pas d'accord avec ton dénouement, probablement parce que nos visions des choses diffèrent, et que je suis assez peu encline au pardon. Je n'aime pas non plus les principes de soeur Edit, qui a refusé que l'épouse de David vive loin de celui-ci.

    Si je n'ai pas tout apprécié dans ta nouvelle, je ne peux pas m'empêcher de penser que son message est fin et intelligent. Nous deviendrons plus savants, nous vaincrons certaines maladies, mais mourir n'en sera pas plus facile, ni moins douloureux, pour autant.

    Tante Selma, je n'ai pas les principes religieux de tes personnages. Pourtant, j'ai du respect pour ton texte, tout moral qu'il soit, parce qu'il concilie la raison avec la foi.

PS: Je me demande si  Terry Pratchett s'en est inspiré pour écrire son Faucheur...

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mercredi 18 novembre 2009

"Coup de chance et autres nouvelles", de Roald Dahl

    Cher oncle Roald,

    Je m'appelle Anne Cruchotte et j'ai fait partie de tes milliers de minis-lecteurs. Charlie, Matilda, le Bon Gros Géant, les deux gredins ont été de plaisants compagnons pendant mon enfance. Au fait, n'est-ce pas Willy Wonka qui inventa la Bière-au-beurre? Il me semble que ses Oompas-Loompas en boivent sans modération... cette boisson a eu beaucoup de succès auprès des jeunes sorciers et des elfes de maison dépressifs!

    Je savais, avec ton conte "La princesse et le Porcher", que tu avais écrit pour les adultes, mais je ne connaissais pas tes nouvelles "Coup de chance", qui ne sont pas faites pour un très jeune lectorat. coup_de_chance

    J'ai été surprise en les lisant. Elles ne ressemblent pas tout à fait aux histoires que j'ai connues. Elles sont plus dures, plus poignantes... plus vraies. La première, "Le cygne", raconte des faits barbares. Plus de joyeuse fantaisie pour rire de la cruauté de tes contes, maintenant. Juste un regard réaliste, neutre s'il n'y avait pas une discrète, très discrète compassion de ta part envers le garçon brimé, dont tu fais un véritable héros.

    L'histoire d'Henry Sugar fut la bienvenue après cette triste fiction! Comment interrompre sa lecture lorsqu'on suit le récit de cet Indien qui voit les yeux fermés? Et quand cette histoire est finie, il y en a encore une: un milliardaire décide de suivre son exemple pour vider les casinos! Henry qui était un être parfaitement vain et futile, devient un homme légèrement plus consistant une fois qu'il s'est entraîné à vider son esprit.

    Il y a aussi une petite autobiographie qui me fit plaisir. Pourquoi? Parce que cela faisait des années que je me demandais qui tu étais, où tu avais vécu, comment tu travaillais... et, comme je suis négligente, je ne pensais jamais à lire une biographie ou des commentaires sur tes oeuvres. J'ai appris que c'était toi qui avais écrit les Gremlins qui ont inspiré les films! Et tu as un ton toujours un peu décalé pour raconter les choses... les années en pension, la R.A.F., la rencontre décisive... tu sais que, parfois, tu me fais penser à Pierre Gripari* en version anglaise?  Comme lui, tu ne te prends pas au sérieux quand tu parles à la première personne. Je t'imagine comme un grand toujours un peu dans la lune, mais en apparence seulement, car pour avoir un humour aussi redoutable, il faut, à mon avis, être très attentif.

    Ton livre est disponible au rayon jeunesse. Mais tu sais quoi? Quand je l'ai achevé, j'étais convaincue qu'il est assez fort, assez beau, et assez drôle pour plaire aux grands aussi.

*Contes de la rue Broca, de la rue Folie-Méricourt, La sorcière de la rue Mouffetard, Histoire du prince Pipo...

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jeudi 5 novembre 2009

"American Psycho", B. E. Ellis

    Hey Pat!

    Je m'adresse à toi car j'ai du mal à écrire à un auteur vivant. Je suis d'une mortelle timidité. Je préfère m'adresser à un personnage fictif, c'est plus facile.

    american_psychoQuel drôle de nom que le tien! Pat Bateman... pour moi, "saloperie européenne", c'est difficile de ne pas penser au Dark Knight, même si tu n'as pas grand-chose à voir avec ce héros. Oh, comme lui, tu as de l'argent à n'en plus savoir qu'en faire, comme lui, tu vis dans une ville de buildings, comme lui, tu as une double vie...  et, pas comme lui, tu tortures, assassines et violes n'importe qui.

    Le début de tes aventures m'ennuya considérablement, je dois le dire. Quel intérêt y-a-t-il à lire une éternelle litanie de marques luxueuses? Chaque fois qu'un personnage entre en scène, tu détailles tout ce qu'il porte, mes dieux, c'est d'un ennui... j'ai donc lu une grande partie du roman de loin.

    Et puis, j'ai remarqué que tu semais, çà et là, des allusions à tes activités sanglantes. Sans les détailler. Et, plus le roman avance, plus tu détailles tes tortures. Certaines pages sont insoutenables.

    Et, tu sais, en lisant le roman, je me suis demandée si le problème venait de toi ou du monde dans lequel tu évolues. Ou des deux à la fois. Pourquoi?

    Parce que tu ne sembles jamais voir les visages des gens qui t'entourent. Jamais ils ne sont décrits (ou alors quand ils disparaissent sous les litres de sang et les chairs déchiquetées). Non, les personnes qui t'entourent n'ont pas de visage, ni de personnalité singulière (j'ai mis du temps à comprendre qui était ta copine, d'ailleurs, c'est qu'en plus, Monsieur se débauche). Il n'y a que des prénoms et des marques de vêtements et de chaussures. Tous les personnages se résument à cela: des sans-visage, comme des mannequins, habillés et chaussés d'étiquettes. Peut-être que c'est pour cela que tu te plais à les découper: c'est la seule façon pour toi de les voir, de leur donner une présence tangible.

    Et pourquoi ton monde me pose problème? Mais tu l'as constaté toi-même, Pat. Les conversations ne sont que des copier-coller de mondanités ineptes. Tes proches sont des robots dépourvus de spontanéité, figés dans des situations fausses, artificielles.

    Ce qui est passionnant dans ton histoire, Pat, c'est qu'il est impossible de décider si tu es un tueur parce que tu es un robot ou parce que les autres sont des robots. Vous formez un tout parfaitement cohérent, les gens et toi. Tu es un symptôme de la course à la vanité, tu pousses le principe du je-veux-tout jusqu'au bout.

    En achevant le roman, je me suis demandée pourquoi ton auteur l'avait écrit. Pourquoi avait-il fait un texte aussi glauque et révoltant?

    Peut-être pour réveiller les individus en nous. Pour nous rendre un morceau d'humanité en nous forçant à nous s'indigner face à la misère et la barbarie, sous toutes ses formes, chose dont tes camarades de scène sont incapables de faire...

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lundi 2 novembre 2009

"Le marchand de Venise", Shakespeare

    Cher Oncle William,

    J'ai lu l'une de tes pièces, "Le marchand de Venise". Sais-tu que cette oeuvre fait l'objet de mainte allusion dans nos ouvrages modernes? Même certains mangas en parlent! Il faut dire que cette dette est originale et a de quoi frapper l'imagination! Quel défi que celui d'Antonio: si ses bateaux ne reviennent pas, il donnera une livre de sa chair au lieu demarchand_de_venise rembourser les trois mille ducats empruntés à Shylock...

    Si l'intrigue s'arrêtait là, ce serait trop simple, n'est-ce pas? Il n'y a pas une histoire, mais trois: celle de Shylock, celle de Jessica, sa fille, amoureuse d'un chrétien, et de Portia, princesse amoureuse et prisonnière d'une énigme: seul celui qui ouvrira le bon coffret aura le droit de l'épouser... J'ai beaucoup aimé cette histoire-là, d'ailleurs, qui donne un petit goût de conte à ta pièce, avec une mise à l'épreuve de l'amant comme dans les romans de chevalerie.

    En revanche, celle de Shylock... comment dire?

    On dirait que tu as tenu à nous faire le portrait d'un avare parfaitement ridicule, comme Oncle Jibé le fera lui-même plus tard avec talent. Mais ton avare fait peur, rire et pitié en même temps. Peur, car il est sanguinaire, borné et cruel. Rire, car sa manie de l'argent est caricaturale au possible. Pitié, car il est parfaitement lisible que Shylock est une victime des chrétiens. Ces derniers passent leur temps à se moquer de lui et à lui cracher au visage! Je ne suis pas certaine qu'ils valent mieux qu'un vieil avare à moitié fou, et qui a encaissé toute sa vie insultes et crachats en même temps que ses pièces d'or...

    Bien sûr, si cela explique le caractère de Shylock, cela n'excuse pas son contrat, ni la joie sadique qu'il manifeste lorsqu'il s'apprête à tuer Antonio en toute légalité. Mais tu as trop insisté sur les mauvais traitements qu'il a essuyés dans le passé et dans la pièce pour que je le condamne franchement.

    Je ne sais pas ce que tu en penses, et ne le saurai jamais. Je me contente de me dire que, si tu étais si antisémite que ça, tu aurais décrit ton Shylock méchant parce que Juif. Tu n'aurais pas pris la peine de t'étendre sur ses douleurs et sa haine. Peut-être t'es-tu simplement adonné à un jeu rhétorique dans lequel tu défends ce que tu ne penses pas. Peut-être as-tu joué à lui donner une humanité à laquelle il n'a pas droit pour toi, parce qu'il est juif.

  Moi, tout ce que je comprends, c'est que tu en as fait un personnage complexe, bien plus complexe que notre classique "Avare". 

  Quoi qu'il en soit, je relirai ta pièce avec plaisir. J'aime beaucoup aussi le personnage de Portia, et je trouve audacieux qu'un homme soit sauvé par elle, une femme, alors qu'elle n'a pas le droit de plaider!

  Un  Juif méchant mais humain, et une femme qui prend la place d'un homme pour dénouer le drame... Je me plais à penser que ta pièce montre les ravages causés par la haine, et que les fins heureuses sont amenées par les amantes déterminées.

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dimanche 13 septembre 2009

Les Mémoires de Zeus, M. Druon

    Comme écrire une critique classique m'ennuie, je teste un nouveau style.

    Ô Zeus,

    Tu sais combien je suis fondue de mythologie grecque. Lorsque j'ai appris que tu avais rédigé tes Mémoires, j'ai couru les emprunter, et je ne le regrette pas: quel livre!

    Tu y racontes comment le monde fut créé avant toi, comment tu es né, as délivré tes frères, comment tu t'es battum_moires_de_zeus pour le pouvoir... Tu ne nous caches rien, pas même tes moments de faiblesse.

    J'ai beaucoup aimé t'écouter parler de ta famille et de tes enfants. Et tu m'as montré une contradiction que je n'avais jamais remarquée jusque-là: les dieux sont dits "bienheureux et immortels" par leurs fidèles. Or, tu montres qu'eux aussi souffrent des mêmes difficultés que nous. Peut-être même plus grandes encore, car, s'il nous est permis de changer si nous le voulons, tes enfants, eux, restent éternellement figés dans leurs frustrations. Apollon poursuivra toujours un amour impossible, Artémis regrettera toujours de n'être pas née garçon, Héphaïstos trompera sa solitude dans un travail acharné. Mais comment en serait-il autrement? S'ils changeaient, ils ne seraient plus le Principe de vie qu'ils représentent. Je me suis surprise à comprendre ces dieux qui semblaient si lointains.

    Quant à toi... tu sais certainement que tes infidélités ne sont pas, euuh, comment dire? très bien vues des mortels en général et de la gent féminine en particulier. Mais tu les assumes pleinement, et tu reconnais quand tu es lâche, comme pour cette malheureuse Io. Je n'ai donc pas envie de juger. Et comment juger un dieu, d'ailleurs? Tu ne joues pas dans la même dimension que nous. Et après tout, tes aventures donnent des pages pleines de poésie. Chacune de tes amantes t'apprend quelque chose, sur toi et sur l'amour. Et cela, aucun mortel ne l'avait dit.   

    Père des dieux, merci pour cette magnifique autobiographie. Merci pour cette réécriture des mythes complètement nouvelle, imprégnée de psychologie moderne et cependant pleine de chaleur. Cela m'a donné envie de vivre, même simple mortelle. 

"Les Mémoires de Zeus" , de Maurice Druon.   

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mercredi 12 août 2009

"Cui prodest?", de Danila Comastri Montanari

   

Comme j'en ai assez d'écrire de façon normale sur les bouquins, je teste autre chose.

Anna Hydrophora au sénateur Publius Aurelius Statius dit salut.

    J'ai lu ta dernière enquête, celle que j'avais trouvée sur un de ces blogs qui me font honte de mon manque de talent pour écrire sur les romans, et je ne parle même pas de mon gouffre d'inculture. Mais ce n'est pas de cela dont je veux t'entretenir.

    Or donc, je disais que j'ai lu "Cui prodest?", où tu cherches celui qui a tué un esclave en laissant pour seuls indices un pion de latrunculi, un jeu bien connu chez toi, et une empreinte sanglante.

    Au début, j'ai eu un peu de mal à suivre, parce qu'il y a énormément de mots latins que je n'ai même pas appris encui_prodest version, ou que j'ai oubliés. Heureusement, le livre possède un lexique, et même un plan de Rome pour suivre tes déplacements dans la litière que tu prends aussi souvent que nous nos voitures (sorte de chars modernes). Mais je me mets à la place du lecteur complètement néophyte, et cela doit être fatigant pour lui de toujours faire des allers-retours entre l'histoire et le lexique. En tout cas, cela valait le coup de s'obstiner! J'ai adoré te suivre dans toutes tes pérégrinations,  lire te tromper, et plus encore, tes réflexions sur l'esclavage. J'ai bien ri au début de l'enquête, quand tu rassembles tes gens en leur répartissant les tâches: une vraie scène de feuilleton policier! "Dinozzus, je veux savoir qui il est, d'où il vient et s'il avait des ennemis, ce qu'il mange à midi, bref, tu me sors sa Vie Parallèle complète, je veux tout savoir! Moi, je vais voir Flavia pour l'interroger*!"

    Tu es parfois cynique, mais jamais un complet salaud. Par contre, fais attention: l'esclave qui a écrit ton histoire n'a malheureusement pas pu s'empêcher de se laisser aller à quelques phrases artificielles, qui font légèrement dissonner l'ensemble. Je la soupçonne aussi d'avoir inventé certains passages, de te donner trop souvent le beau rôle. Mais après tout, quelle importance? Tu es là pour nous faire rêver, non? Pour moi, c'est réussi, à l'exception de la nouvelle finale que je trouve franchement mauvaise.  J'irai cependant chez un libraire me procurer tes autres livres. Vale.

*Pour ne pas spoiler, ce passage est parodié par mes soins.

   

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mardi 11 août 2009

"Mangez-le si vous voulez", de Jean Teulé

    Le 16 août 1870, Alain de Monéys, gentil garçon plein d'avenir, se rend à une foire. Suite à un malheureux malentendu, une foule haineuse, poussée à bout par les privations et la souffrance, oubliera qu'il est leur client et ami, le torturera, et, comme si cela ne suffisait pas, le mangera.

    Je n'aurais pas dû écouter ce conseil de lecture "Tiens, c'est génial, grand esprit, grand écrivain, tout ça...". Je ne le nie pas, mais je n'aime pas le lyrisme dont fait preuve Jean Teulé dans les lignes les plus barbares, je ne l'ai pas trouvé du meilleur goût (si je puis dire).

    Je pensais également qu'avec ce fait divers, je trouverais une analyse, qui, sans pouvoir tout expliquer-la barbariemangez_le_si_vous_voulez n'est jamais complètement explicable-me donnerait au moins quelques éléments de réflexion sur cette atroce mise à mort. Je ne m'attendais pas à un récit aussi... aussi lyrique. Les exclamations sur la beauté de la nature, d'Anna, les cris d'horreur du narrateur m'ennuyèrent très vite et m'empêchèrent de réellement m'apitoyer sur le sort de ce malheureux. Un peu comme si, à force de me dire "Ô terrible et infâme cruauté écharpant un innocent! Ô trois fois horreur!" je réagissais par "Mouais. Bof."  A une exception près: ce que fit et dit Madame Lachaud (bien nommée, je trouve) me fit frémir d'horreur jusqu'au tréfonds de mon être.

    Le livre aura eu cependant le mérite de m'orienter vers d'autres sur la psychologie des foules, j'y trouverai sûrement plus de matière...

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mercredi 22 juillet 2009

Twilight, les livres

Il y en a qui se droguent quand ils sont mal, ou qui se jettent sur la nourriture. Ce jour-là, je décidai d'acquérir quelque chose qui durera plus longtemps que deux paquets de galettes chocolat-orange.

Chez le marchand de lectures de Lutèce-Gare de Lugdunum, je me jetai, en colère, sur les tomes de Twilight. "Tiens! regarde un peu ce que tu me fais faire, à cause de toi! je lis des trucs tout pourris, ben c'est bien fait pour moi, ça m'apprendra!" râlai-je en suivant un raisonnement sensé et cohérent.

Voilà. J'ai lu la saga Twilight, en entier. J'ai même loué le DVD du premier tome ensuite, histoire de boire l'horreur de ma déchéance jusqu'à la lie.

L'histoire est simple. Une fille a un prénom d'héroïne de conte (Bella, comme la Belle et la Bête), et elle tombe sur un monstre, une bête de séduction, de puissance et de dangerosité: Edward, beau gosse à la beauté surnaturelle et aux talents stupéfiants. Et vampire, aussi. Vont-ils réussir à se mettre en couple? Et, si oui, le couple va-t-il tenir?

Mes dieux! Je crois bien n'avoir jamais lu une histoire écrite aussi niaisement! Bella est bien gentille et bien jolie, mais fichtre, ses tentatives de lyrisme m'écoeurent au plus point! "Ses doigts décrivaient sur ma main des cercles d'une infinie douceur..." Non, non, non! c'est mièvre, c'est ridicule, c'est écoeurant. Les dialogues mesurent trois kilomètres (ou trois chapitres selon les tomes), c'est long, long, trop long... l'action est parfois confuse, une page suffit pour partir sur un autre continent... 

Le tout est bourré de fautes d'orthographes minces comme moi, et je vous prie de croire (mord dans sa galette chocolat-orange) que j'ai pris du poids. 

Bref, Twilight, les romans, c'est pas bien. Je veux dire: je n'ai pas aimé. J'aime la viande, le sang et les vampires, et ceux-là sont trop végétariens. Je préfère quand les monstres ont des sentiments et/ou sont vraiment dangereux, comme Louis-Brad Pitt dans "Entretien avec un vampire", Carmilla dans "Carmilla", ou Chizuna dans les "Lamentations de l'agneau"... Des vampires qui ont soif, des pervers qui en veulent à votre vie en vous faisant les yeux doux, ou pire, ce qui est mieux: qui reproduisent des schémas familiaux ultra-malsains... Bref, du mal et de la noirceur dans des créatures belles et amoureuses, voilà ce qu'il me faut.

Et avec tout ça, pourquoi donc suis-je allée juqu'au dernier tome?

Parce que je voulais savoir comment cela finissait...

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dimanche 15 mars 2009

"Les monologues du vagin"

    Et oui, il n'y a pas que les classiques dans la vie. Je reviens donc du théâtre où j'assistai à une représentation de cette pièce légendaire.

    J'ai cru qu'il s'agissait d'un texte un peu fade, avec de l'humour facile, quelque chose de superficiel pour se vendre vite et bien. Si grande est ma naïveté que j'ai cru que les textes narraient l'histoire d'un vagin parlant à la première personne! Je me demandais ce qu'il pouvait bien dire?

    Je me trompais, et pas qu'un peu. Je suis une Cruche, ne l'oublions pas.

    Elles étaient quatre ce soir, mais, si leur nombre peut varier, le fond reste le même: des actrices, qui prennent la voix de femmes parlant de leur vagin.

    Disons-le, il y a bien une part de voyeurisme. Nous parlons entre copines. Pourquoi donc aller voir les témoignages d'autres femmes?

    Mais parce qu'entre copines, on ne se dit pas tout. De même qu'il n'y a pas deux femmes identiques, de même il n'y a pas deux histoires semblables, et pourtant, nous ne nous racontons pas les liens entretenus avec notre intimité. Pas de cette façon-là, pas de façon aussi entière.

    J'ai découvert un texte drôle et émouvant, sonnant toujours juste. Poétique sans emphase, il montre tous les femme_nuepossibles du vagin: le plus grand des bonheurs et la pire des souffrances, le paradis et le champ de ruines, en passant par tout ce qu'il y a entre les deux, les découvertes, les anecdotes, les malentendus drôles ou dramatiques.

    Lorsque les actrices revinrent sur scène en claquant des mains, nous ne comprîmes pas. Etait-ce un nouveau jeu de scène? Non, c'était fini, elles nous demandaient d'applaudir. Le public s'empressa de réparer son retard.

    Pour conclure la soirée, il manquait un débat ou un dialogue avec les actrices, non pas celles de la pièce, mais celles du Planning Familial. Le sujet est tellement riche et complexe qu'il était dommage de s'en tenir là.   

    Les hommes qui nous accompagnaient nous demandèrent: "Vous êtes sûres qu'on a le droit de voir cette pièce? Parce que... 'y'a quand même quasiment que des femmes, hein..."

    Mais oui. Et c'est dommage, d'ailleurs, qu'il n'y ait que si peu d'hommes. Parce que l'une des grandes forces de ce texte, c'est qu'il n'accable jamais nos amis les hommes. Et les récits prouvent que les femmes, aussi bien que les hommes, peuvent être coupables d'ignorance ou de cruauté envers leurs filles.

   Je conclus en songeant qu'il ne faut pas lire ce texte. Il faut le voir avant.

   Ah non, j'ai pas fini, j'ai une question.

   Pourquoi certaines mères giflent-elles leurs filles quand elles sont réglées pour la première fois? Si quelqu'un ou quelqu'une, habitué(e) de ces lieux ou non, pouvait me l'expliquer par commentaire ou par mail, j'en serai très reconnaissante, merci beaucoup.

Merci à Jack pour m'avoir gentiment autorisée à copier son image dans un but illustratif. Et merci à vous de ne pas la copier sans son autorisation.

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mercredi 11 mars 2009

"Le rebelle"

Je ne lis pas la poésie comme la prose. J'ai besoin de l'isoler, de m'en séparer rapidement pour l'apprécier. J'ouvre le recueil, n'importe où, lis un poème, rien qu'un, et songe rêveusement au texte rencontré au hasard.

Un Ange furieux fond du ciel comme un aigle,
Du mécréant saisit à plein poing les cheveux,
Et dit, le secouant: "Tu connaîtras la règle!
(Car je suis ton bon Ange, entends-tu?) Je le veux!

Sache qu'il faut aimer, sans faire la grimace,
Le pauvre, le méchant, le tortu, l'hébété,
Pour que tu puisses faire à Jésus, quand il passe,
Un tapis triomphal avec ta charité.

Tel est l'Amour! Avant que ton coeur ne se blase,
A la gloire de Dieu rallume ton extase;
C'est la Volupté vraie aux durables appas!"

Et l'Ange, châtiant, ma foi! autant qu'il aime,
De ses poings de géant torture l'anathème;
Mais le damné répond toujours: "Je ne veux pas!"

Baudelaire, "Les Fleurs du Mal".

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