lundi 2 novembre 2009
"I'm a bitch..."
Certains compliments de garçons inconnus m'ont donné l'envie de taper le texte suivant...
Je me lève le matin,
Je mets un pantalon
Je me lave (oui bon, pas dans cet ordre, hein):
Vous ne le croirez pas, mais je suis déjà une pute.
Je prends le bus
Je dis bonjour à la boulangère
Je dis "donnez-moi un sachet s'il vous plaît" au marchand de légumes:
Je sais, c'est mal, mais... je suis une pute!
Je parle pas au gros lourd
Je fais pas de bisou
Je ne veux pas ton numéro:
C'est un comble pour une mal-baisée de pute!
J'ai pas envie ce soir
J'ai pas envie tout court
J'aime pas faire ci ou ça:
C'est ma faute, si je suis une pute!
Je n'attends pas le mariage
Et je ne mets pas de jupe
Je me maquille et j'aime ça:
C'est mon boulot de pute.
Je m'arrête à l'orange
Je joue un peu à des jeux vidéos
Parfois, je vais au cinoche
Qu'est-ce que j'y peux, moi, si je suis une pute!
Je vote
Je travaille
Je marche dans la rue
N'est-ce pas ce que font les putes?
Je prends le bus et le métro,
Le train et le RER,
Je marche dans la cité:
Je devrais pas: ça me rend pute!
J'aime pas qu'on me touche,
J'aime pas qu'on joue avec moi,
J'aime pas qu'on s'approche trop, j'aime pas les insultes
Que voulez-vous, c'est ça, les putes.
Je couche avec qui bon me semble
(Et j'apprends que le semblant est trompeur)
Je crois que j'ai le droit d'avoir le choix,
Une fille bien ne l'a pas,
Puisque moi, je suis une pute.
Mon corps est à moi, et pas t-à-toi, patate
J'en fais ce que je veux, et en ce moment, je l'épile pas**
Je l'utilise, l'offre... ou pas,
Je suis donc une pute.
"Fille?" "Femme?" "Liberté?" T'inquiète!
Ces trucs-là n'existent pas
C'est une invention des putes
Pour te faire croire que ce sont des gens propres comme toi...
*Ben quoi? c'est l'hiver, maintenant**...
**Oui, je sens que je te fais rêver, ami lecteur...
samedi 31 octobre 2009
L'estrangère
"Il y a de l'attente pour cette expo. Je ne peux pas vous dire combien de temps." Mais moi, je sais dans combien de temps part mon train, et je n'ai pas envie de regarder ma montre devant des tableaux.
Je ne connais de Lutèce que quelques rues, reliées entre elles par des couloirs de métro. Puisque c'est comme ça, je vais marcher. Droit devant, n'importe où, au hasard. En me perdant. J'en ai assez des cartes, des plans, des projets tout faits: "Il y a telle expo, tel film, tel truc que je veux voir...". Les règles du jeu sont vite éditées dans ma tête: tout droit, ne pas faire demi-tour, me perdre, trouver une station de métro quand il sera l'heure.
Je quitte le Museum Palace, me moque de moi quand je tombe sur les bouquinistes sans le faire exprès. Cela doit être une sorte d'instinct. Je traverse le Pont-Neuf sans amant, je pense toutefois que Léos Carax ne m'en voudra pas.
Je quitte la Scène, je marche. J'arrive, sur la place Saint-Bellérophon, lieu de tous les rendez-vous lutéciens. Je suis désappointée: ça, je connais déjà! Cette place, beaucoup l'appellent d'un nom barbare: Saint Mickaelos, à cause d'une statue représentant un héros tuant un monstre. Mais j'ai vu cette statue, et je pense qu'il s'agit de Bellérophon terrassant le dragon.
J'avance. Je salue Montaigne, qui a perdu sa dorure, sauf sur le bout d'un de ses pieds: c'est la crise pour tout le monde, même pour les statues.
Plus loin, tout droit.
Je longe de prestigieuses écoles, de hauts lieux d'excellence, résiste aux vendeurs de bibles*.
Plus loin, tout droit.
Je ne sais plus où je suis. Je ne connais pas cet endroit. Une pancarte m'aiguille: je suis proche du Sanctuaire des Grands. Je ne l'ai jamais vu, je m'y rends. Il n'est pas trop tard pour une visite, mais je n'ai pas envie de ralentir. Je descends des rues étroites, vois de petits théâtres, me demande combien de peau fessière ça doit coûter de vivre ici un mois, tout en préférant ne pas savoir.
Plus loin, par là.
Je me trouve dans la rue de La Sorcière, celle qui essayait de manger les enfants en daube pendant mon enfance. Je me demande quel métier font Bachir et Nadia, maintenant, et si l'épicerie de Papa Saïd est remplacée par un restau de nouilles.
Plus loin, en bas.
Le quartier des Golems.
Maintenant, la flânerie s'arrête. Je commande un chocolat ruineux dans un café, les serveurs sont souriants, chose qui semble rarissime ici. Tiens, il n'y a que des hommes dans ce café... je me demande ce qu'ils pensent de cette fille seule, sereine, avec un gros sac à dos. Quant à moi, je me dis que le premier qui m'importune sera mouché d'une belle façon: en souriant, mais avec une fermeté qui ne tolèrera aucune réplique. Je suis tellement sûre de moi que je ne prends même pas de bouquin pour signifier mon envie de calme.
Je n'ai pas excessivement mal aux pieds en dépit de la marche et de ma charge, peut-être parce que j'ai suivi mon rythme et mon chemin.
Je sirote mon chocolat, satisfaite de ma balade, triste de partir.
"Vous n'êtes pas d'ici?
-Non, je suis de Massalia.
-Vous n'avez pas l'accent..."
"Tu n'es pas d'ici, toi, tu es de là-bas?
-Non, je suis née ici. Cela des siècles que je vis ici.
-Ah bon, on dirait pas, t'as pas l'accengt..."
Où que j'aille, je serai une étrangère. Je ne ressemble à rien. Sans accent, je ne ressemble pas à une fille du Sud, et je ne peux pas être du Nord pour la bonne raison que je viens du Sud. Logique.
J'en ai assez assez de sembler une étrangère ici. Je veux l'être là-bas.
Je trace ma route vers la gare, accompagnée par les souvenirs-fantômes de mes guides. "Souvenômes? Fanvenirs? Fantonirs?" Aucun de mes mots-valises que je roule dans ma tête ne me convient, c'est quand même un comble quand on voyage...
Anne-la-froussarde prend la parole.
"Tu vas galérer, là-bas...
-Je galère déjà ici, alors, ramer pour ramer, autant m'embarquer dans une trière que j'aurais choisie, répliquè-je sèchement.
-Tu trouves Massalia violente, mais Lutèce aussi est violente! Tu ne fuiras pas la violence!
-Ouais, mais ça me changera! La violence de Massalia, je connais, j'en ai fait le tour. Plus rien ne me surprend. Voyons un peu si je peux faire face sur un terrain de jeu plus vaste. Je passe bien aux niveaux supérieurs dans Rêverie Ultime cinquante-douze, pourquoi je resterai au niveau un dans la vraie vie?
-Mais si tu trouves pas de boulot...?
-Tais-toi! Je bosse dans une ZEP, je n'ai peur de rien!"
Anne-la-froussarde se tait. Le train part.
Je conclus comme un méchant rancunier qui assure la continuité de l'histoire: "Je reviendrai!"
*"Bible" au sens antique de "livre"...
jeudi 20 août 2009
Un post de Miss Anthrop
Parfois, je comprends les partisans de l'oligarchie. "Le pouvoir des peu nombreux." J'observe, et je me dis que, décidément, dans le petit peuple comme dans le grand, très peu d'individus méritent notre intérêt. De là à penser que le monde se divise en deux parties, les utiles et les pourris qui font rien qu'à embêter les utiles, il n'y a qu'un pas. Et ce pas me mène au bord d'une pente fort dangereuse. Celle qui descend vers "il y en qui méritent de vivre et d'autres de mourir ou d'être abandonnés".
Je vous laisse imaginer toutes les chouettes barbaries qui peuvent être commises avec une sagesse de cette sorte.
"Death Note*" en donne une assez bonne idée.
J'ai peur de moi, car j'ai envie de glisser sur cette pente, parfois. De me laisser tomber, excédée, pour désormais me figer dans la facilité. De répondre par la brutalité, la bassesse, la haine. "Ce monde est pourri..."
Oui, la haine et le mépris sont excessivement faciles et confortables. C'est reposant. Quelle chose délicieuse ce doit être de cracher son venin sur les idiots, les stupides, les violents, en un mot, les méchants! De savoir avec certitude que si ça va mal, c'est la faute de personnes précises, définies, et cependant floues comme une foule!
J'ai été menacée et humiliée dans la rue, aujourd'hui. Une fois de plus, la tentation de basculer vers le côté obscur se fait sentir, plus forte à mesure que le temps passe.
Alors, je pense aux sympas, aux drôles, aux ouverts, aux sereins, aux lumineux. Je ris de mes rencontres avec la violence, parce que je suis terrifiée, par l'autre et par moi-même, et que m'esclaffer me soulage.
Utiliseriez-vous le Death Note si vous le trouviez? Signeriez-vous un pacte avec le diable si vous le rencontriez?
C'est vrai qu'on ne peut jamais savoir comment on réagirait tant qu'on n'est pas confronté à une situation.
Pourtant, en ce qui me concerne, je crains fort de connaître la réponse à ces deux questions.
*Il suffit d'écrire le nom d'une personne dans le Death Note pour que celle-ci meure.
lundi 10 août 2009
Aide-mémoire
-Appeler l'ANPE (je peux le faire, je le peux!)
-Faire mon second taf (je peux le faire, je le peux!)
-Arrêter de penser "Oh mes dieux, oh mes dieux, oh mes dieux, oh mes dieux" en boucle
-On respire calmement
-On n'essaie pas d'arrêter de faire trembler ses doigts, ça ne marche pas (prendre la "J'ai la tremblotte et j'assume" attitude)
-Arrêter de penser "Oh mes dieux, oh mes dieux, oh mes dieux, oh mes dieux" en boucle
-Joindre les boss des boss de l'administration
-Arrêter de penser "Oh mes dieux, oh mes dieux, oh mes dieux, oh mes dieux" en boucle
-On respire calmement
-On va lire ce qu'il faut
-Ne pas se décourager d'avance
-Ne pas se dire que si ça marche, il y aura toujours un truc qui m'empêchera d'atteindre mon but
-Casser sa gueule à tout obstacle
-Arrêter de penser "Oh mes dieux, oh mes dieux, oh mes dieux, oh mes dieux" en boucle
-On respire calmement
-Même s'il y a un problème, je trouverai une solution
-Même s'il y a un problème, et il y en aura, je trouverai une solution
-Je trouverai une solution
-Arrêter de penser "Oh mes dieux, oh mes dieux, oh mes dieux, oh mes dieux" en boucle
-On respire calmement
La vie mentale quand on est une grande angoissée du stress sur-émotive doublée d'une grosse procrastinatrice (tiens, cette phrase est imprononçable, essayez donc), je vous prie de croire que ce n'est point facile... me voilà réduite à faire des listes pour me rassurer sur mon avenir!
Le pire, c'est que ça marche: je respire mieux... Faisons les comptes, maintenant, façon résultats de match: Angoisse: 25689; Cruchotte: 2.
En avant chevalier, au combat, toujours au combat! il faut foncer droit au but, c'est ça qui serait doux, pour l'amour des oiseaux et des fleurs!
(Oui, d'accord, il y a une chanson qui détonne un peu...)
mardi 4 août 2009
"Aaaah! la loooooose! Je la sens!"
Or donc.
En deux mois, j'ai été larguée et agressée le même jour. Quatre jours plus tard, je suis témoin d'une baston dans le bus, et encore quatre jours plus tard, d'autres voisins se tabassent.
Puis, ma grand-mère maternelle meurt symboliquement: elle refuse désormais de m'adresser la parole, tandis que mon autre grand-mère meurt pour de vrai, je n'en souffre guère vu que je n'avais pas de liens, mais les enterrements ne sont jamais de joyeuses fiestas.
Deux hommes que j'apprécie me font des avances que je dois repousser, pour la simple raison que je n'éprouve rien à leur égard. Mes dieux, que c'est embarrassant, je me serais bien passée de cette corvée.
Le reste de famille que j'ai lutte contre la dépression. Et je parie que je vais rater mes prochaines expériences pâtissières! Oh non, pitié, pas ça, ce serait vraiment horrible!
Alors rions un peu en attendant que les Parques décident de passer mon karma pourri à la machine, eau de Javel et lavage à 90°C: dites bonjour à Looseman!
mardi 17 mars 2009
En concours
Mmh? comment ça se passe?
Très très bof.
Ma table est à gauche du mur de droite, du coup, comme je suis droitière -et ce, quoi qu'en dise mon écriture de gauchère- mon coude se cogne à la cloison.
Ensuite, comme je n'en rate pas une pour me faire remarquer, mon ventre émet de hideux gargouillis. Certes, je ne suis pas là pour draguer ni pour faire le concours du concours le plus glamour, mais ça colle un peu la honte. Allez-y, rigolez. J'aimerais vous y voir, vous, courbé en deux sur une feuille pendant quatre ou six heures.
J'ai rendu l'une de mes copies avec une étrange sensation de liberté. En revenant à ma place pour y récupérer mes affaires, je me rendis compte que cette liberté étrange n'était pas le fruit de la fin de l'épreuve, mais celui de l'oubli du reboutonnage de mon pantalon. Et oui, pour limiter les maux de ventre pendant le supplice, je l'avais en partie déboutonné, tant que je reste assise, personne ne le voit.
Les épreuves, ça creuse. Je partis donc à la recherche d'un sandouitche. La boulangère n'en ayant plus à mon goût, je la saluai d'un "Merci, bonne soirée". A 15h12.
Les épreuves en elles-mêmes? Comme Homer Simpson devant Twin Peaks: "J'comprends rien à cette série".
J'ai hâte que cela finisse pour penser et passer à autre chose. Parce que là... je ne suis même pas admissible que j'en ai déjà assez de l'Education Nationale.
jeudi 26 février 2009
Genshikanne, suite et fin
J'ai assisté à une ou
deux conventions dans ma vie, accompagnant des geeks et des otakus qui disent que des
trucs auxquels j'comprends rien:
"Tu vas voir le concert
de Chiyoko Tatsumoto?
-Bien sûûûûr, même si je trouve que l'OST qu'elle a écrite pour "Sakura Mawumori" n'est pas la meilleure, mais cela reste très bon.
-La série en elle-même, de toute façon, n'est digne d'intérêt que pour Keiji Asamune.
Cruchotte (qui essaie de reprendre pied): -Euuuh... c'est quoi, déjà, le titre de l'animé?
-Anne, on parle d'un drama et de sa musique, là.
-Aaaaaah, mais oui, bien sûr! simulai-je, dramatiquement lostée dans la translation. Et sinon, euuuh, oooooh tiens, la démonstration de kimonos va commencer dans trois quarts d'heure, 'faut y aller, là, on va rater le début, sinon."
On se met en route sur fond de "Rêverie Ultime 552, quand même, c'est moins bien que Rêverie Ultime 277 -En tout cas, aucun n'a égalé Rêverie Ultime 348! -Ah ça, chuis d'accord"
Quelques tableaux choisis:
1. Anne discute avec ses amis:
"Anne! regarde, je fabrique des AMV pour participer au concours d'AMV!
-Super! chais pas de quoi tu me parles, mais c'est génial!"
2. Anne visite les stands de jeux et d'activités:
"Regarde, Anne, je m'inscris au karaoké!
-Ouais, trop cool! oh mais attention, tu as choisi la version jap'...
-Je sais, je vais chanter en japonais!
-Ah bon, mais tu connais les paroles?! et tu déchiffres le japonais? waaah, mais t'es vraiment trop forte!"
3. Anne regarde les marchandises:
"Oh, il est beau, ce boukarte "Frites en baskets".
-On dit "art-book", Anne.
-Ah pardon! Artbukan, donc.
-Non, Anne, Art-book, ART-BOOK!
-Hard-book? mais 'y a rien de hard, regarde, c'est des illustrations de Tuki et Yohru... ah, lui, c'est mon préféré, Naka-Beko!"
Bref, le boulet, la noob, l'ignare, c'était moi.
Après quelques siècles de
lectures, j'ai fini par saisir à mon insu quelques rudiments, enfin,
j'ai pigé les bases*: un drama, c'est un feuilleton avec de vrais
acteurs; une OST, c'est une bande-son; une AMV, c'est des images
d'animés montées avec la musique de son choix dessus. La J-music, c'est
de la musique japonaise.
***
C'est donc lourde de ce
bagage que j'assistai à la Chibi JE Sud, en bonne compagnie. Ladite
compagnie a rencontré des relations pendant la fiesta.
"Alors, Cruchotte, Marc-Antoine, Marc-Antoine, Cruchotte. Marc-Antoine est un pote du boulot.
-Salut!
-Salut! Et donc, blablabla, banalités d'usage?
-Autres banalités d'usage, rituelles et sociales."
Nous blablatâmes:
-Y a de bonnes affaires, chez Anim'et Rabais.
MA: -Ah oui, genre, c'est un peu moins cher qu'à la Fnargh?
Cruchotte (s'étrangle): -"Un peu"?! L'intégrale des Vachers de l'Espace à 15€ au lieu de 80?!
MA: (N'eut pas l'air de tilter)...
C: -T'sais, les Vachers de l'Espace... qui voyagent, dans leur vaisseau, le Tri-Flop, avec une gitane... l'une des meilleures séries jamais faites... avec une musique fabuleuse...
MA: -Oui, je connais les Vachers de l'Espace.
(Ah, tout de même... mais pourquoi me regarde-t-il bizarrement?)
Une foule en délire fit diversion (version):
-HIIIIIIIIII!
-Ah ça, ça doit être Ryô Fujimura qui entre en scène! fis-je pour parler d'autre chose.
-Qui?
-Ben... Ryô Fujimura...
-Ah, tu connais?
-Oh non, nonononon. Juste
un peu sur Deezer, parce que je savais qu'il allait venir, mais
j'écoute pas de J-music, je sais juste que c'est le chanteur d'Acid
Flavor... (et je le sais parce que j'ai lu le programme...)
-Jimiouzique?
-Quoi, c'est pas comme ça qu'on dit? (mince, je me goure encore?)
-Ah, pour "musique japonaise"? (mais pourquoi me regarde-t-il avec de gros yeux étonnés?)
-Euuuh, ouais, c'est ça, voilà. Bon, c'est un chanteur, p't'être qu'après, il a joué dans des dramas, j'en sais rien, je suis pas du tout ça, c'est trop taré pour moi...
-Des quoi?
-Dramas. Feuilletons.
Silence gêné. Regard étrange de sa part. Un peu... "méfions-nous, peut-être que cette chose est dangereuse".
Je n'aurais cru dire cela un
jour tant mes connaissances en sous-culture sont minces. Et pourtant,
impatientée de passer pour la bête curieuse dans cette foire à dingues,
je lançai:
"Oui, ben quoi? Je sais, je suis une otaku, une geek, et j'assume!" (même si je télécharge pas Gokusen, ni rien, d'ailleurs!)
Ceci eut l'avantage de détendre l'atmosphère.
***
Je n'en revenais pas. Ce jeune homme n'était pas au fait de la production d'animé, ni de manga, ni des prix de ceux-ci, ni des loisirs annexes... et pourtant, il était là! et moi, Cruchotte parfaitement ignare, sous-apprentie geek, même pas vraie otaku, pas fichue de dessiner ou de parler japonais pour autre chose que les éléments comestibles de la culture, j'ai eu l'air... j'ai eu l'air... d'une "vraie". Absconse jusqu'à l'absurde, j'ai semblé** les collègues des forums à fond dans leur trip au début de ce post; j'ai été à leur place face au nouveau venu.
L'écart entre eux et moi me semblait si grand, que je ne croyais pas cela possible.
Sans être aussi impliquée que certains, il faut croire que j'ai résolument basculé d'un côté.
***
Bien, c'est pas tout ça, mais maintenant, 'faut que je réinstalle la télé pour revoir "Nolife".
*"Pompoko".
**"Manon des Sources".
Certains dialogues sont en partie fictifs, pour prouver, s'il en était encore besoin, ma teneur en cruchitude. Les noms des oeuvres et des artistes, pour la plupart, sont des déformations ou des inventions.
Et comme je trouverai joli que ce post se termine en chanson, en voici une qui ne déparera pas dans le contexte.
mardi 24 février 2009
"Genshikanne"
"PLAF!"
"Aïe!" répondis-je en le regrettant aussitôt. Je ne m'attendais pas à tomber si rudement en plein sur un dos maintenant rempli de douleur.
Je me rappelai les paroles d'un collègue qui s'entraînait à l'escrime: "C'est plus dur avec les débutants. Comme ils ne savent pas ce qu'ils font, ils font n'importe quoi, et ils te font vraiment mal." Je viens d'en faire l'expérience.
La douleur finit par s'estomper, je me relevai et continuai à jouer avec un jeune ado.
***
C'était la Chibi Japan Expo Sud, et je ne résistai pas à l'envie de voir (trop) près les tapis du coin arts martiaux. J'adore m'initier aux arts martiaux lors des conventions. Vous êtes sur un tatami en tapis de gym, vous ne comprenez rien aux mouvements, vous êtes lent, vous êtes lourd, vous êtes gourd, les jambes fermes comme une soupe de nouilles, vous ne savez que faire de vos poings ni de vos pieds, mais les gentils maîtres, en passant, vous gratifient d'un "C'est bien!" que vous ne croyez pas, parce que vous savez que vous n'arrivez pas à la moitié de leurs orteils entraînés.
La douleur estompée, je me relevai et repris l'entraînement.
"Alors, maintenant, on va voir une prise! vous, Mademoiselle?
Quoi, moi? je dois m'approcher du charmant, du boss, de l'entraîneur, c'est ça?
"Oui, venez."
'Vaut mieux pas désobéir, il peut m'envoyer au tapis. D'ailleurs, il va le faire.
"Ca va?
-Ouiouiouioui, ça va.
-Alors, attrapez-moi.
-Que je vous attrape?
-Oui. Par où vous voulez.
(n'en croyant ni ses oreilles, ni ses yeux, ni sa chance)-Où... où je veux?
-Où vous voulez."
Je réfléchis à toute allure, je ne dois pas me tromper. Epaules? c'est bien, ça, les épaules de garçon, mais là non, pas assez... non, les poignets, je n'y pense même pas; le cou, on vient de le faire, on va pas refaire; qu'est-ce qui est sympa à attraper, réfléchis, c'est quoi, c'est quoi, c'est quoi l'un des intérêts majeurs des arts martiaux? Le... la...
Je levai la main et empoignai solidement la veste au niveau de la poitrine, et tirai vers moi. Peut-être que je ne suis pas si fermée que ça aux délires de domination, j'en parlerai à Chut quand elle reviendra.
"Euuuh... je peux, là? fis-je en jouant un peu de la poigne pour secouer ma prise.
-Oui, euh, oui... on voit que vous avez l'habitude...
-J'bosse dans une Zep, c'est pour ça.
(Et je suis amoureuse de vous, surtout.)
-Alors, ce qui en dangereux avec une telle prise... reprit-il avant de montrer comment s'en défaire par un gracieux et improbable enchaînement.
Ce qui est fabuleux avec les pros qui connaissent leur boulot, c'est leur façon de vous faire tomber. Vous n'avez pas le temps de comprendre ni de voir ce qu'il fait que vous êtes déjà par terre. Vous ne tombez pas, ils vous posent, et vous chutez avec délicatesse, pile dans la bonne position pour ne pas vous faire mal. C'est magique.
L'initiation finie, je repris ma balade dans la convention, faillis mourir étouffée dans la cohue autour des stands, admirai les deux splendides cosplayeuses en geishas, parlai à Song Yang ("Teint que you (pour le dessin, NdA), Aïe ope youl ave eu naïce ouikène ine Massalia"), écoutai un fort beau concert de koto, et appris l'existence d'amusants geeks. Je fis également une rencontre qui me laissa pantoise d'étonnement...
(A suivre...)
samedi 10 janvier 2009
La frusque
(Dialogue entre Anne et Cruchotte)
"Alooors... le pantalon n°3 dans la hiérarchie des pantalons, le polo à manches longues, le polo à manches courtes, le T-shirt trop grand... comment ça, le "T-shirt trop grand"? les vêtements rétrécissent au lavage, ils ne s'élargissent pas... bah je le vois grand parce que... euuuh... il est blanc, et le blanc, ça élargit. D'ailleurs, je regarde l'étiquette, et je vais bien voir que c'est du M, ou du L à tout casser... voilà, et il y a quoi, sur l'étiquette? XXXXXL.
...
Oh non.
-Ah si.
-Oh non, c'était réglé, j'étais tranquille! Comment, mais comment ce truc est resté chez moi au lieu de partir sur lui?
-Sûrement de la même façon que toi, tu oubliais ton chapeau ou tes lunettes chez lui...
-Ah mais non. C'est fini, cette comédie!
-Et bien, garde le T-shirt. Fais-t'en une chemise de nuit.
-Ah ouais, tiens, j'ai de la place dedans, en plus... ah non, alors! les filles ne doivent pas dormir dans les T-shirt de garçons si elles n'ont pas de relations avec, sinon, ce sont des filles de mauvaise vie, ou pire: des désespérées....
-Quand tu dis "si elles n'ont pas de relations avec", le complément, c'est "le garçon" ou "le T-shirt"?
-Le T-shirt, bien sûr.
-Suis-je bête!
-Et même franchement cruche. En tout cas, non, je ne dormirai pas dans ce T-shirt. Les filles qui dorment dans les T-shirt de garçons, ce sont des filles qui restent attachées à eux, qui veulent l'avoir près d'elles. Des pleurnichardes! parfaitement! des pleurnichardes qui sanglotent la nuit, les épaules réchauffées par le coton, sur le manque de chaleur affective. Et bien non! Moi, je ne suis pas comme ça!
-Hé non, tu n'es pas comme ça. Tu préfères gueuler pour planquer ton désarroi.
-Parfaitement! Chouiner, c'était bon quand j'avais dix-sept ans, maintenant, je fais autre chose! Mais pour qui il se prend? Quand je pense qu'il est resté là, dans le placard, à l'endroit où se planquent les amants illégitimes pendant tout ce temps, ça me... rhâââh, ça me....!
-(D'ailleurs, tu devrais peut-être revoir ton rythme de lessive) Euuuh... Tu parles bien du T-shirt, là?
-Et de qui d'autre?
-Tu voulais pas dire "de quoi d'autre"?
-Laisse-moi tranquille, j'ai pas le temps pour l'analyse de texte!
-Et imagine... si l'oubli de son T-shirt est un acte manqué, il veut que quelque chose de lui reste près de toi.
-Bien sûûûûr. Comme dans les romans médiévaux. "O, trèz belle et meilhore Dame, prenez cest pourpoing 100% cotonz en mesmoires de nostre amour. Ainzsi, aussi long temps li garderez, aussi long temps vous souviendrez vostre serviteur dévoüez." Tseuh! qu'il n'y compte pas! je vais lui rendre sa défroque en souvenir que plus rien de lui ne doit rester chez moi!
-C'est beau, cette honnêteté qui te fait rendre ses affaires à autrui...
-Mais le pire, dans cette anecdote creuse, ce n'est même pas de le revoir, alors qu'il a repoussé mon affection!
-Et c'est quoi?
-C'est que je vais devoir laver et repasser quelque chose pour lui! Et ça... je crois que jamais je ne le lui pardonnerai...
-Hé oui, tu es implacable.
-D'autant plus que c'est lui le plaqué!
-Et très mature, avec ça..."
lundi 22 décembre 2008
Ailes et malédiction
"Il paraît que tu as voulu voir si des ailes te pousseraient dans le dos..."
***
Quelques semaines plus tard, un garçon, que je ne voyais plus, excédée des veilles sans lendemain, finit par me proposer des sommeils suivies de levers tardifs. J'acceptai.
Un mois plus tard, je renonçai.
"Que te manque-t-il? lui dis-je.
-Je ne sais pas le dire. Je ne sais pas... pour nous. En plus, je veux pas te faire souffrir."
Combien je déteste la délicatesse mal placée! Le chirurgien s'excuse-t-il quand il ampute le membre gangrené? Je demande, au contraire, la franchise à la limite de la cruauté: les plaies bien nettes sont plus promptes à guérir. Je préfère la coupure rapide au sourd et lent travail du poison.
Alors, j'ai su pour lui, en me promettant de toujours savoir à leur place quand ils seront ignorants. Comme une revanche.
***
Je lus un jour, dans "L'amande", un roman cru, poétique, sexuel et mystique, une phrase qui me marqua si fort par l'étendue du malheur qu'elle recouvrait en si peu de lettres que je m'en imprégnais aussitôt. La narratrice a la vision de Dieu "maudissant les violeurs d'enfants et la souffrance bête que les humains savent s'infliger". En gros, je ne me souviens pas de la phrase exacte et complète.
"Comme cela est vrai! ai-je songé. Nous nous blessons par pure bêtise et ignorance..."
***
Des projets, des envies, pour rien. S'il était si ignorant que cela, pourquoi m'avoir demandée?
Ses raisons n'en sont pas et ne tiennent pas. Et la déception me rongeait: il a fait miroiter un avenir possible, mais l'image était vaine...
"Et ce genre de procédé... ne sert vraiment à rien!" ricanai-je intérieurement.
Oui. Souffrance bête, inutile, que nous aurions pu éviter, peut-être. Bonne à maudire dans le premier élan de colère,
car absurde. Mais ensuite?
Ensuite? Si elle est si stupide que cela... mérite-t-elle tant d'attention? Et n'ai-je pas lu qu'il n'y a pas d'envol sans vide?
***
Peut-être que des ailes m'ont poussé, finalement. Une paire assez forte pour m'élever au-dessus de la petitesse de sentiments d'autrui.
Et comme je ne résiste pas à la tentation de conclure ce post par une petite blagounette, j'ajoute: "Ce serait cool qu'elles me suivent aussi au boulot."
En tapant le titre, mes doigts ont fourché... quand je relevai la tête pour lire ce que j'avais écrit, je me rendis compte que j'avais tapé "Aile est malédiction". Je trouve le lapsus assez joli pour être dit... ^^
Merci à, dans l'ordre alphabétique comme ça pas de jaloux sur l'ordre, Chut, Darth, Ether, Inkan, Jova, Ménon et Nasty.
Source image: ici
