lundi 2 novembre 2009
"Le marchand de Venise", Shakespeare
Cher Oncle William,
J'ai lu l'une de tes pièces, "Le marchand de Venise". Sais-tu que cette oeuvre fait l'objet de mainte allusion dans nos ouvrages modernes? Même certains mangas en parlent! Il faut dire que cette dette est originale et a de quoi frapper l'imagination! Quel défi que celui d'Antonio: si ses bateaux ne reviennent pas, il donnera une livre de sa chair au lieu de
rembourser les trois mille ducats empruntés à Shylock...
Si l'intrigue s'arrêtait là, ce serait trop simple, n'est-ce pas? Il n'y a pas une histoire, mais trois: celle de Shylock, celle de Jessica, sa fille, amoureuse d'un chrétien, et de Portia, princesse amoureuse et prisonnière d'une énigme: seul celui qui ouvrira le bon coffret aura le droit de l'épouser... J'ai beaucoup aimé cette histoire-là, d'ailleurs, qui donne un petit goût de conte à ta pièce, avec une mise à l'épreuve de l'amant comme dans les romans de chevalerie.
En revanche, celle de Shylock... comment dire?
On dirait que tu as tenu à nous faire le portrait d'un avare parfaitement ridicule, comme Oncle Jibé le fera lui-même plus tard avec talent. Mais ton avare fait peur, rire et pitié en même temps. Peur, car il est sanguinaire, borné et cruel. Rire, car sa manie de l'argent est caricaturale au possible. Pitié, car il est parfaitement lisible que Shylock est une victime des chrétiens. Ces derniers passent leur temps à se moquer de lui et à lui cracher au visage! Je ne suis pas certaine qu'ils valent mieux qu'un vieil avare à moitié fou, et qui a encaissé toute sa vie insultes et crachats en même temps que ses pièces d'or...
Bien sûr, si cela explique le caractère de Shylock, cela n'excuse pas son contrat, ni la joie sadique qu'il manifeste lorsqu'il s'apprête à tuer Antonio en toute légalité. Mais tu as trop insisté sur les mauvais traitements qu'il a essuyés dans le passé et dans la pièce pour que je le condamne franchement.
Je ne sais pas ce que tu en penses, et ne le saurai jamais. Je me contente de me dire que, si tu étais si antisémite que ça, tu aurais décrit ton Shylock méchant parce que Juif. Tu n'aurais pas pris la peine de t'étendre sur ses douleurs et sa haine. Peut-être t'es-tu simplement adonné à un jeu rhétorique dans lequel tu défends ce que tu ne penses pas. Peut-être as-tu joué à lui donner une humanité à laquelle il n'a pas droit pour toi, parce qu'il est juif.
Moi, tout ce que je comprends, c'est que tu en as fait un personnage complexe, bien plus complexe que notre classique "Avare".
Quoi qu'il en soit, je relirai ta pièce avec plaisir. J'aime beaucoup aussi le personnage de Portia, et je trouve audacieux qu'un homme soit sauvé par elle, une femme, alors qu'elle n'a pas le droit de plaider!
Un Juif méchant mais humain, et une femme qui prend la place d'un homme pour dénouer le drame... Je me plais à penser que ta pièce montre les ravages causés par la haine, et que les fins heureuses sont amenées par les amantes déterminées.
"I'm a bitch..."
Certains compliments de garçons inconnus m'ont donné l'envie de taper le texte suivant...
Je me lève le matin,
Je mets un pantalon
Je me lave (oui bon, pas dans cet ordre, hein):
Vous ne le croirez pas, mais je suis déjà une pute.
Je prends le bus
Je dis bonjour à la boulangère
Je dis "donnez-moi un sachet s'il vous plaît" au marchand de légumes:
Je sais, c'est mal, mais... je suis une pute!
Je parle pas au gros lourd
Je fais pas de bisou
Je ne veux pas ton numéro:
C'est un comble pour une mal-baisée de pute!
J'ai pas envie ce soir
J'ai pas envie tout court
J'aime pas faire ci ou ça:
C'est ma faute, si je suis une pute!
Je n'attends pas le mariage
Et je ne mets pas de jupe
Je me maquille et j'aime ça:
C'est mon boulot de pute.
Je m'arrête à l'orange
Je joue un peu à des jeux vidéos
Parfois, je vais au cinoche
Qu'est-ce que j'y peux, moi, si je suis une pute!
Je vote
Je travaille
Je marche dans la rue
N'est-ce pas ce que font les putes?
Je prends le bus et le métro,
Le train et le RER,
Je marche dans la cité:
Je devrais pas: ça me rend pute!
J'aime pas qu'on me touche,
J'aime pas qu'on joue avec moi,
J'aime pas qu'on s'approche trop, j'aime pas les insultes
Que voulez-vous, c'est ça, les putes.
Je couche avec qui bon me semble
(Et j'apprends que le semblant est trompeur)
Je crois que j'ai le droit d'avoir le choix,
Une fille bien ne l'a pas,
Puisque moi, je suis une pute.
Mon corps est à moi, et pas t-à-toi, patate
J'en fais ce que je veux, et en ce moment, je l'épile pas**
Je l'utilise, l'offre... ou pas,
Je suis donc une pute.
"Fille?" "Femme?" "Liberté?" T'inquiète!
Ces trucs-là n'existent pas
C'est une invention des putes
Pour te faire croire que ce sont des gens propres comme toi...
*Ben quoi? c'est l'hiver, maintenant**...
**Oui, je sens que je te fais rêver, ami lecteur...
