mercredi 30 septembre 2009
X-Manne Evolution
Les mois ont passé, et je constate un changement dans ma façon de travailler.
J'anticipe mieux, fait face plus facilement, donne de meilleurs repères aux gamins dans la classe. Et punit quand la situation dégénère ("Bon, trop de bruit, j'en ai marre, vous copiez le règlement!!!").
Un phénomène nouveau s'est mis en place dans ma tête, et, à en entendre les profs dans la salle des profs, je suis loin d'être la seule: en plein boulot, je suis plusieurs. Une Cruche contrôle le physique ("Je gueule, alors fais la gueule de moi qui gueule!"), une autre trie et traite les infos ("Alerte, bavardage à gauche, intervenir, vite!"), une troisième commente intérieurement sans intervenir ("Les élèves dehors croient que je ne les entends pas parler de moi, mes dieux, quelle naïveté!"). Parfois, je crie très fort, mais je me roule par terre d'esclaffade en dedans: "Mes dieux, c'que t'es ridicule, ma pauvre Anne!" "Mes dieux, s'il/elle voyait comme tu rigoles!"
C'est un nouveau super-pouvoir très utile: avec plus de détachement, la peur diminue. J'ai moins l'impression d'être débordée sur tous les fronts, parce que la répartition des tâches organise mieux mon esprit désormais coupé en trois (enfin, en trois parties recensées à ce jour, sans compter les autres). Je suis à la fois plus souple et plus précise, les broutilles ne m'énervent ni ne m'agacent. Les trucs les plus simples marchent: prévenir avant de punir, témoigner de l'intérêt ("Attends, je finis, après, je te donne la parole"), un ton décontracté mais ferme, de l'humour, faire participer les mômes ("Qui va me l'écrire au tableau?").
Il y a des échecs, bien sûr, mais dans l'ensemble, cela se passe beaucoup mieux.
Cependant, je reste persuadée qu'il n'y a rien au monde d'aussi difficile, rien d'aussi fatigant, ni rien d'aussi passionnant.
lundi 28 septembre 2009
"Cruchottak! Go!"
Ceux qui traînent ici savent que j'ai l'amusante habitude d'avoir une chanson stupide dans la tête quand je bosse dans mon collège. Comme je travaille encore plus qu'avant, je trimballe désormais un lecteur MP3 au lieu de matière grise, qui joue aléatoirement les titres les plus absurdes.
L'ambiance scolaire, entre moulons, bastons et autres chefs-d'oeuvre de notre jeune humanité, me souffla le petit détournement suivant à ma gloire. Pour la version originale, cliquez ici, juste ici.
Anne Cruchotte alias Cruchottak
Tu ne crains vraiment dégun*
Quand l'armée de trolls attaque
T'hésites pas à envoyer les mains
Toi princesse de l'espace
Cruche ex-tête d'ampoule**
Tu ne fais pas tête basse
Quand tu dois fendre la foule
Cruchottak avec ton cerveau
T'aides ceux qui en ont besoin
Ceux qui te disent des gros mots
T'aimerais les taper du poing
****break douloureux****
"Cruchottak, go! Carnet de correspondance! Dépêche!"
Toi, princesse de l'espace
La risée de la cour
Tu te moques des menaces
Quand tu cries "ALLEZ EN COURS!!!"
Pour l'amour des piafs et des murs***
Mais certes pas des enfants
Tu vivras en survivant
Aux plus affreux traitements
Pour l'amour du salaire versé
Et des heures non chômées
Cruchottak, tu es plus forte
Que les ados qui te veulent moooorte!
*Dégun: massaliotisme. Synonyme de "personne".
**Un clin d'oeil à la série "Malcolm" ne fait jamais de mal.
***Il n'y a pas de fleufleurs par chez moi.
mardi 22 septembre 2009
Planète, des Wriggles
Le lecteur se trouve en bas du texte...
Sur la planète aux mille et une couleurs
Des enfants jouent dans les fleurs,
'Y'en a des verts, des roses, des bleus
Ils sont si jolis dans leurs jeux
Ils ont des rayures, des pois, des bariolages
Qui s'effacent avec l'âge
A chaque couleur, son caractère,
Les bleus sont joyeux et les verts solitaires
Les roses composent des chansons
Les marrons les écoutent
Et les rouges jouent au foot
Mais il y a celui avec qui on ne peut pas rigoler
Le petit enfant violet
En grandissant, tout le monde change de couleur
Selon la vie ou l'humeur
Monsieur Violet est devenu grand
En conservant son pigment
Les gens se mélangent loin de cet homme étrange et violet
Qui vit tout isolé dans une grande maison mauve du sol au plafond
Mais un après-midi ensoleillé
De ce joyeux mois de juillet
Une petite fille rouge et capuchonnée
A sa chevillette va sonner:
"Est-ce que c'est vrai que c'est parce que t'es violet
Qu'on nous interdit de te voir?
Qu'on n'a pas le droit de te parler?
Ma mère me le dit tous les soirs!
Et dans mon lit, quand il fait tout noir,
Je pense à toi, j'en ai marre de faire des cauchemars!"
Le chaperon s'installe dans le salon,
Demande de l'eau du sirop des glaçons...
Et pour la première fois Monsieur Violet
Se sent l'envie de rigoler
Mais sur la planète aux mille et une couleurs
Les grandes personnes ont peur
Les grandes personnes ont peur
On a couru depuis tout le village
Blancs d'avoir couru et rouges de rage
Jusqu'aux journaux qui avaient signalé
L'adresse de Monsieur Violet
En arrivant on découvre l'enfant
Couché sur le divan
Aussi rouge qu'avant
Le soir venu dans les rues endormies
Seuls les bruits courent encore
Le chaperon joue avec son ami
Dans des rêves multicolores
Pas l'temps de se dire au revoir
Pas l'droit de se revoir
Et, seul, dans sa mauve demeure,
Un drôle de Monsieur violet broie du noir
Sur la planète aux mille et une rumeurs
Découvrez la playlist les wriggles avec Les Wriggles
mercredi 16 septembre 2009
Brève
Entendu d'une vendeuse à une fillette dans une papeterie:
"Ahlàlà, les mangas! et vous ferez quoi, quand il n'y aura plus de mangas, hein? Le jour où il n'y en aura plus, vous ferez quoi?"
Bah on tuera des gens tout en nous vautrant dans la luxure, M'dame, c'te question.
Comme on l'a appris dans les mangas, quoi.
Je décidai qu'il n'y avait rien dans cette boutique et traînai mes basques fatiguées ailleurs. Loin.
Et m'offris un tome de "Xxx-holic", le premier de "Murena", et un bouquin de Neil Gaiman, "American Gods". Qu'on me laisse rêver, rire, m'instruire et méditer.
C'est à cela que (me) servent les récits. Quels qu'en soient les supports.
(Cette note est d'une brièveté certaine et d'un intérêt douteux, mais j'attendrai d'être moins sur les rotules pour poster des trucs moins inintéressants...)
dimanche 13 septembre 2009
Les Mémoires de Zeus, M. Druon
Comme écrire une critique classique m'ennuie, je teste un nouveau style.
Ô Zeus,
Tu sais combien je suis fondue de mythologie grecque. Lorsque j'ai appris que tu avais rédigé tes Mémoires, j'ai couru les emprunter, et je ne le regrette pas: quel livre!
Tu y racontes comment le monde fut créé avant toi, comment tu es né, as délivré tes frères, comment tu t'es battu
pour le pouvoir... Tu ne nous caches rien, pas même tes moments de faiblesse.
J'ai beaucoup aimé t'écouter parler de ta famille et de tes enfants. Et tu m'as montré une contradiction que je n'avais jamais remarquée jusque-là: les dieux sont dits "bienheureux et immortels" par leurs fidèles. Or, tu montres qu'eux aussi souffrent des mêmes difficultés que nous. Peut-être même plus grandes encore, car, s'il nous est permis de changer si nous le voulons, tes enfants, eux, restent éternellement figés dans leurs frustrations. Apollon poursuivra toujours un amour impossible, Artémis regrettera toujours de n'être pas née garçon, Héphaïstos trompera sa solitude dans un travail acharné. Mais comment en serait-il autrement? S'ils changeaient, ils ne seraient plus le Principe de vie qu'ils représentent. Je me suis surprise à comprendre ces dieux qui semblaient si lointains.
Quant à toi... tu sais certainement que tes infidélités ne sont pas, euuh, comment dire? très bien vues des mortels en général et de la gent féminine en particulier. Mais tu les assumes pleinement, et tu reconnais quand tu es lâche, comme pour cette malheureuse Io. Je n'ai donc pas envie de juger. Et comment juger un dieu, d'ailleurs? Tu ne joues pas dans la même dimension que nous. Et après tout, tes aventures donnent des pages pleines de poésie. Chacune de tes amantes t'apprend quelque chose, sur toi et sur l'amour. Et cela, aucun mortel ne l'avait dit.
Père des dieux, merci pour cette magnifique autobiographie. Merci pour cette réécriture des mythes complètement nouvelle, imprégnée de psychologie moderne et cependant pleine de chaleur. Cela m'a donné envie de vivre, même simple mortelle.
"Les Mémoires de Zeus" , de Maurice Druon.
samedi 12 septembre 2009
Courses de rentrée
Dans une boutique de fournitures, bondée en septembre, une Cruche entre.
"Bonjour, Mme Pédagogie!
-Mlle Cruchotte! c'est un plaisir de vous revoir après ces vacances! Qu'est-ce qu'il vous faut aujourd'hui?
-Aloooors, il me faut: deux mots sur le carnet, un rapport disciplinaire, et une gueulante Maxi-Furia, taille XL.
-Une Maxi-Furia taille XL? Vous êtes sûre que la gueulante va rentrer? Vous ne voulez pas essayer avant?
-Bah euuuh... ouais, si vous voulez. "NAN MAIS TU ME PRENDS POUR QUI?" Ouais, ça a l'air d'aller, ça ne part pas trop dans les aigus. "EN PLUS, TU CROIS QUE TU ARRIVERAS A TE CACHER?" Non, c'est bon, les gros yeux sont assortis, c'est ce qu'il me faut.
-Ah oui... Mais, vous comprenez, comme Furia taille grand, j'avais peur que ça soit un peu trop large pour votre gosier, mais non, en fait. Il vous faudra autre chose? Nous avons un très bel arrivage d'heures de colle...
-Ah, ça tombe bien, vous m'en réservez une pour demain? Au nom de Lafrim, 4ème Boulet. Je viendrai le chercher à 16h30.
-Pas de problème. Et en prime, vous avez un Prof Principal qui sonnera les cloches du prochain crétin qui vous manquera de respect, cadeau de la maison!
-Je reconnais bien là la qualité de vos services! Vous êtes la meilleure!
-Merci! Voilà, c'est emballé! Bonne rentrée, Mlle Cruchotte!
-A vous aussi, Mme Pédagogie!"
Avec mes nouvelles affaires prêtes à sévir servir, telle un Renton* contemplant son avenir dans sa main, je décrète: "And now... now I'm ready."
C'est la rentrée, et je suis prête.
*Dans le film "Trainspotting", de Danny Boyle.
samedi 5 septembre 2009
Somnh, ou la vérité qui est ailleurs
Chaque année, je suis hantée par un démon du sommeil. Je l'ai appelé Somnh. Il arrive à tous les automnes, et me suit un mois ou deux. Il souffle dans mes oreilles pour m'abrutir. Il s'asseoit sur mes épaules pour m'alourdir. Il ne boit pas ma vie comme un Horla lorsque je dors, mais mon sang qu'il remplace par de l'eau: ainsi, j'ai beau dormir, je ne récupère pas, je reste toujours aussi molle, fatiguée et sans forces. Mes muscles, déjà peu opérationnels, répondent
encore moins que d'habitude à mes sollicitations. Le matin, impossible d'ouvrir un pot de confiture s'il n'a pas déjà été entamé.
Quand Somnh se sent d'humeur folâtre, il essaie de me faire sombrer n'importe où. "Ah la vache, je savais pas que je pouvais avoir le vertige sur une feuille de cours... ohlàlàààà, ça tangue, pourtant, ça doit bien faire deux mois que je n'ai plus bu d'alcool, je suis quand même pas bourrée à rebours! enfin, à retardement!"
Lorsque je me réveille après un lourd somme, j'ai souvent, à cette période, des bouts de phrases dans ma tête. Ils semblent flotter d'eux-mêmes avant de s'évaporer, comme des nuages dissous par le vent. Ce sont des réminiscences de lectures ou de conversations. "Il faut protéger les enfants... la main de singe... c'est courageux... caractère pas approprié..."
Je n'aime pas beaucoup être parasitée, alors je vais consulter, non un exorciste, mais un banal Homme-Médecine. L'homme de sciences constate que je suis proche de l'évanouissement, me donne des remontants, et Somnh, dégoûté par le nouveau goût de mon sang, s'envole jusqu'à l'année suivante.
Je n'ai aucune idée des raisons pour lesquelles Somnh squatte chez moi chaque année. Peut-être que c'est sa façon de fêter le retour des longues nuits. Peut-être que mes origines Callixtes lui donnent un terrain favorable: les Callixtes sont très portés sur la sieste, ne l'oubliez pas. Ou peut-être qu'il m'aime à la façon de la Lune*, et qu'il aime me regarder dormir, parce qu'une Cruche assoupie, oublieuse du monde, c'est délicat, beau et poétique. Mais pour être honnête, je pense surtout qu'il prend des photos pour le concours annuel du hanté le plus ridicule avec ses copains paranormaux: "Cruche dormant devant le docu de 15h30... Cruche bavant sur son oreiller... Et regardez, j'ai fait une vidéo où je bois son sang à la paille avec un parapluie en papier dans son oreille, hahahahaha!"
Bien sûr, Somnh n'existe nulle part ailleurs que dans mon imagination. Mais que voulez-vous, cela m'ennuie d'avoir de banales chutes de tension...
*La légende fera l'objet d'un autre post.
Source image: ici. Merci de leur autorisation! ^^
