mercredi 29 octobre 2008
Pazza Pizza, I
Ecoeurée jusqu'au tréfonds de mes moëlles par la journée, comme prévu, ce soir-là, je ne pus pas rentrer chez moi tout de suite.
Donc, je tardai en écoutant les profs discuter, puis, quand je ne pus plus faire autrement, je partis, esseulée et tristounette.
J'ai besoin d'oublier, mais je ne veux pas boire. Que faire? Un ciné? Seule, encore? Non, j'ai déjà fait. Me saoûler dignement au whisky-soda? Seule? Dangereux, quand même...
Et puis, j'ai faim. J'ai même plus que faim: je veux une pizza. Cela fait un moment que je n'en ai plus mangé.
"Puisque c'est comme ça, je vais acheter une pizza, pensai-je sur le ton d'une capricieuse minotte. Et je vais la manger devant l'Abbaye. Et comme je n'arriverai pas à la finir, je donnerai ce qu'il reste à quelqu'un. Na. Et je rentre pas, tant que j'ai pas fourgué ma pizza."
Aussitôt pensé, aussitôt fait. J'achetai ma pizza dans une boui-bouizzeria, m'installai sur le parapet, et commençai à savourer mon repas.
Le monsieur qui admirait la vue me remercia, mais il allait manger au restaurant. Le deuxième monsieur sourit et refusa poliment.
"J'y arriverai jamais, les gens se méfient sûrement, peut-être qu'ils pensent que je vais leur filer des saletés dans une pizza pourrie?"
Le groupe de jeunes refusa, mais me demanda dans un anglais hésitant où je l'avais achetée. Je leur indiquai la route avec mon accent de vache espagnole. Je les recroiserai une heure plus tard avec le même carton que moi.
Un p'tit jeune! enfin, p'tit... mon âge, à peu près... Il admirait la vue, lui aussi. "Lui aussi"? Non, car ce n'est plus la vue sur le Port-Neuf que je regarde...
"Bonsoir!
-Bonsoir.
-J'ai une pizza. 'Z'en voulez? J'arriverai pas à la terminer."
Il s'approche. Il va sûrement dire non.
"Volontiers. En plus, j'étais en train de me demander où j'allais manger ce soir."
Et bien voilà, demandez, et on vous nourrira. Cependant, je n'y crois pas trop: "Bon c'est au fromage, toute simple... comme ça, rien ne me distrait du goût de la tomate." Il hocha la tête comme pour approuver mon choix.
Nous bavardâmes. C'est un Lutécien, de passage dans la cité.
"Y a du piment, si vous voulez.
-Et vous faites ça souvent?
-Non, c'est la première fois. J'avais envie de pizza, mais je voulais pas la manger seule. La pizza est un plat convivial et collectif, ajoutai-je d'un ton faussement docte.
La pizza achevée, nous continuâmes à bavarder. La soirée était douce, nous nous promenâmes dans le quartier...
(A suivre)
dimanche 12 octobre 2008
G-Pério, le making-of!
Comme ma modestie n'a d'égale que mon talent (ou l'inverse), voici une auto-interview du pourquoi que comment G-Pério, le plus méconnu des super-héros.
Pourquoi le Daily Star et l'Epitaph?
Le Daily Star est le titre de l'un de mes albums préférés de Lucky Luke: le cow-boy solitaire aide H. P. Greely à fonder et à protéger un journal. Ensemble, ils se battront pour la liberté de la presse. Le Daily Star ne tarde pas à avoir un concurrent déloyal: l'Epitaph.
Comment avez-vous eu l'idée de G-Pério?
Et bien, plusieurs facteurs contribuèrent à sa naissance. D'abord, la lecture passionnée de Spiderman et du Surfer d'argent. Ensuite, une aventure insignifiante au Daily Star.
Le dimanche matin, c'est terrible. Personne n'est là, vous attendez sur votre chaise que ça passe, et je m'ennuyais fort. Si j'ai quatre appels dans la matinée (dont deux erreurs), la journée est bien remplie.
Ce dimanche-là, je reçois un appel: "C'est M.****, est-ce que tous les journaux sont partis? j'ai pas mon paquet de 300...". Je fouille l'imprimerie, mais ils étaient partis. Bon, ils ont disparu, mais je ne peux rien faire, tant pis.
Deux heures plus tard, j'ai un autre apel: "Bonjour, c'est le bar-tabac ****. Euuuh... la police vient de me donner un paquet de journaux, y a le nom ***** sur l'étiquette...
-COUA?! la police?
-Ben oui, c'est au nom de M. ****.
-Attendez, fis-je car il me faut du temps pour comprendre, c'est vraiment la police qui vous a donné ce paquet?
-Ben oui.
-Mais ça fait deux heures qu'on cherche ce paquet! et depuis quand c'est la police qui livre?
-Et bé je sais pas, ils m'ont dit de vous appeler."
J'ai rappelé le proprio de ce paquet, et tout fut bien qui ne finit pas mal.
Dans mon mortel ennui, je me suis demandée "Qu'est-ce qui a pu arriver à ce paquet pour qu'il soit ainsi perdu et retrouvé entre deux chapitres de Spiderman?" Je dénichai une feuille de papier pour gratter une réponse évidente: un super-héros les a sauvés (mais de quoi? à ce moment-là, je ne savais pas encore). Dans l'histoire, le signalement de la disparition au début et l'appel de la police à la fin sont donc tirés de faits réels.
A quoi ressemble G-Pério?
Il est très blanc, avec des caractères imprimés sur son corps. Je ne peux pas dire d'où cela vient, pour ne pas spoiler une éventuelle suite! Son super-costume se compose d'un simple caleçon noir.
Quels sont ses pouvoirs?
Il peut voler, devenir mince comme une feuille de papier, cracher de l'encre et de la ficelle plastique sort de ses paumes. Il a aussi une excellente vue: comme le Surfer d'Argent qui peut voir une poussière de météorite à des millions de kilomètres, il peut voir un Jourgnal de l'autre côté de la planète.
G-Pério, quel drôle de nom! d'où vient-il?
Je voulais un nom avec un G comme Great. Et je ne trouvais pas.
Un journaliste que j'aime bien entre au DS: "M. C., vous allez m'aider, tant pis si vous êtes pressé. Je dois donner un nom à un super-héros défenseur de la Presse, comment je l'appelle?
-Un défenseur de la Presse? Maiiis... c'est tout et rien, ça... il fait quoi?
-Ben là, il vient de sauver des militants homosexuels cubains en les cachant au Texas.
-Il est un peu nul, alors?
-Oui. "La Plume d'argent", ça va?
-Non.
-Oui, mais Great Newspaper, ou Great News, ça va pas! Editor?
-Non plus.
-En espagnol, peut-être? Great Periodico? Great Periodista?
-Trop long.
-Great Perio? G-Pério?
-Ouiiiii... ça c'est bien... un peu ridicule, comme lui..."
Adjugé donc pour G-Pério.
Que fait-il, quand il ne sauve pas le Monde de la presse? A-t-il des hobbies?
Oui, il collectionne les abonnements. Il déteste regarder les chaînes d'infos continues. Et il aime faire la cuisine avec un tablier ridicule.
Vous êtes-vous amusée à ponctuer votre récit de références?
Oui! Le Jourgnal (pour "journal" et "signal"), la Bad Cave, pour ne citer que ces deux éléments, sont des détails connus dans l'univers des Supers. Mais c'est à vous de chercher les petits détails allusifs...
Quel est votre passage préféré?
Mmmmh... les deux premiers épisodes et le monologue d'Eddy Ktatur, quoiqu'un peu maladroit avec le recul... Ah le monologue! on ne s'en lasse pas depuis quarante ans, ce ne sont pas les Indestructibles qui diront le contraire...
Excusez-moi, mais vous êtes qui, au juste?
Anne Hecquedote, ou Cruchotte, ou Annette la crétine des Alpilles, nous sommes assez nombreuses, en fait... et encore, je crois que je nous connais pas toutes...
jeudi 9 octobre 2008
La Cruche est pleine...
Demain, c'est vendredi, et je n'aime pas le vendredi.
Demain, je travaille quatre heures à la Vie Scolaire. Je déteste ça.
Les perms, les surveillances, les perms, les bourrins exclus avec lesquels il faut survivre une heure en vase clos, non, j'abomine. Les provocations, les insultes, les moqueries,...
Je bois peu, détestant trop les nausées pour me les infliger volontairement.
Pourtant, chaque vendredi soir, en massant mon front douloureux, je ne pense qu'à une chose: noyer dégoût, fatigue, migraine et rancoeur dans quelques verres d'alcool doux... jusqu'à m'enivrer de piquantes douceurs.
mercredi 8 octobre 2008
G-Pério contre Eddy Ktatur!
G-Pério a trouvé le responsable de l'enlèvement des journaux! C'est le début d'un combat sans merci! Qui va l'emporter? Pour les retardataires, l'aventure commence ici, et continue là, là, et là.
Eddy Ktatur presse un bouton, et une dizaine de sbires entrent alors dans la pièce!
"Oh, des sbires, ça c'est original! Mais ça tombe bien... j'aime la gym!"
Et il s'entraîne! En quelques coups de pieds et de poings, les voilà tous assommés!
"Tu ne me tiens pas encore, G-Pério!"
Eddy Ktatur se saisit alors d'une immense seringue contenant du
sérum de Débiloprobétizz! Va-t-il réussir à toucher l'intègre G-Pério?
Non! car il esquive le jet fatal, et désarme son adversaire en claquant comme un fouet la ficelle à journaux sortie de sa paume!
"Cette fois, Eddy Ktatur, tu ne peux pas m'échapper!
-Que tu crois, pauvre imbécile!" Et le fourbe appuie sur un bouton... la pince qui tenait les journaux suspendus s'ouvre... ils tombent... ils vont être contaminés!
G-Pério s'envole et parvient à les rattraper juste avant qu'ils ne touchent l'affreux liquide! Mais Eddy Ktatur en a profité pour s'enfuir... "Je vais attacher les lascars assommés quelques lignes plus tôt et laisser un mot pour expliquer de quoi il retourne à la police, elle se chargera de les cueillir et de s'occuper des journaux! Et maintenant, essayons de rattraper Eddy Ktatur!"
G-Pério survole Marticum. "Non! rien à faire, il m'a échappé! Oh-oh... que vois-je là-bas? Le Jourgnal du Daily Star est encore allumé!"
Notre serviable héros fuse vers Massalia à fond et entre dans le hall du Daily Star.
"Ann! tout va bien, les journaux sont sauvés!
-Je sais, la police m'a appelée. Bravo, G-Pério! je savais que vous réussiriez (pas comme cette infidèle de Nasty...)!
-Mais pourquoi le Jourgnal est-il encore allumé*, alors?
-Parce que maintenant, vous allez m'aider à remettre l'électricité..."
The end.
*Les lecteurs fidèles savent que le Jourgnal est allumé quand une lumière est éteinte...
lundi 6 octobre 2008
Le caprice de (Mari) Anne
C'est drôle, en fait. Je suis une fille, je ne sais donc pas ce que je veux.
"Cela ne te va plus?" Non, ça ne convient plus. Cela ne me suffit pas. Je veux plus.
"Je sais pas.
Comme je déteste les précautions sentimentales. Je préfère une amputation rapide, bien nette et bien franche, à un long empoisonnement de doutes et d'incertitudes, administré sous prétexte qu'il ne faut pas me faire souffrir.
-Pas de ça avec moi. Quand un garçon dit "Je sais pas", c'est parce qu'il cherche à différer le "non". Je préfère encore un "non" immédiat."
Il se trouble.
-Oui, euuuh... t'as pas tort... alors non.
-Très bien. On ne se revoit pas les six prochains mois, adjugeai-je.
-Quoi?!
-On ne se revoit pas les six prochains mois. Peut-être même un an.
-Mais, mais... c'est obligé?
-Absolument.
-Maismais... tu vas me manquer...
Je maquillai mon "'m'en fous" en un "tant pis" plus diplomatique, tout en essayant de ne pas penser à d'aigres sarcasmes à propos de beurre et de sourire de crémière. De toute façon, cela ne me concerne pas: je suis une Cruche.
-T'es sérieuse, vraiment?
-Oui. Tu m'appelles pas, je t'appelle pas."
Et voilà. Il a tenu parole et moi aussi. Bizarrement, la séparation n'a pas eu l'effet escompté.
Je ris seulette de l'ironie de la situation. Car j'enrage.
J'enrage d'être si parfaitement obéie!
samedi 4 octobre 2008
G-Pério contre-attaque!
Alerté par Ann Cruchotte de la soudaine disparition de journaux, G-Pério, ardent défenseur de la Presse mène l'enquête pour rendre la justice!
"Si l'Epitaph n'est pas impliqué, alors il ne reste plus qu'un
organisme sur la liste des suspects... comment n'y ai-je pas pensé plus
tôt? c'est un coup de mon ennemi de toujours... qui a déjà bien
affaibli l'industrie de la publication! Mais ce n'est pas grave! je
crois savoir où le trouver!"
Et notre héros vole gracieusement vers les locaux du... "Tramway"!
"Le Tramway dirige ce fléau polluant constitué des publications gratuites de la ville! Ces imprimés ne sont l'oeuvre d'aucun effort intellectuel, et les lecteurs les jettent n'importe où... ils sont donc conscients que cela ne vaut rien et pourtant, ils lisent! Je ne comprends vraiment pas le public..."
G-Pério inspecte les fenêtres des locaux. "Evidemment, il n'y a personne! il doit y avoir une entrée secrète quelque part... mon intuition me dit que je devrais trouver quelque chose sous les rotatives!"
Notre héros devient alors aussi mince qu'une feuille de papier journal et parvient à se glisser sous une porte. "Décidément, ce pouvoir est bien pratique! L'imprimerie se trouve au rez-de-chaussée!"
G-Pério, grâce à sa minceur, a tôt fait de se glisser entre les machines et de détecter la trappe de l'entrée secrète! Il se faufile dans une fente et descend des escaliers...
"J'y suis! La Bad Cave!"
Près d'un immense chaudron, un sinistre personnage est absorbé par d'étranges manipulations. Un serviteur difforme s'affaire près d'un sinistre personnage, grand, maigre et chauve, à l'exception de mèches folles autour des tempes...
"Le mélange est-il prêt?
-Oui, Maître. Les derniers litres de soda ont été ajoutés, et les cobayes sont prêts.
"Cette voix! pense G-Pério. Je la reconnaîtrais entre mille!"
-Excellent travail, Igor! Amène donc nos invités au-dessus de leur bain!
Igor obtempère et une pince, tenant fortement les journaux lâchement enlevés, s'avance au-dessus de l'immonde liquide!
-Enfin! Après toutes ces années de recherche, je touche au but! Lorsque les journaux seront imprégnés de mon sérum de Débiloprobétizz, tous les articles deviendront aussi ineptes que la prose d'un journal de ragots mondains!
-Pardon, Maître... mais en quoi cela va vous permettre de conquérir le monde?
-C'est simple, Igor, mais un cerveau aussi fruste que le tien ne peut pas le deviner! Les journaux répandront des rumeurs qui créeront des mouvements de panique! peut-être même que nous aurons des lynchages! Le Daily Star sera discrédité et ne pourra jamais s'en relever... j'en profiterai alors pour le racheter et éditer mon propre journal! Tous les organismes de presse craindront mon sérum, et ce ne sera que le début!
-Mais, Maître, un seul journal ne suffit pas pour conquérir le Monde...
-Bien sûr que non. Mais les autres journaux me paieront pour se préserver d'une attaque au sérum de Débiloprobétizz! Ils ne tarderont pas à faire faillite eux aussi, déjà mis à mal par mes journaux gratuits! et à ce moment-là... je les rachèterai un à un, et règnerai en maître sur le monde de la publication! Le Monde devra penser ce que moi, je lui dis de penser! Moi, Eddy Ktatur, je contrôlerai les opinions de tous les cerveaux!
-Quel plan diabolique, mon vieil ennemi! Mais tu n'es pas encore le maître du temps cérébral disponible! s'écrie G-Pério, sortant de l'obscurité.
-G-Pério! encore toi? cette fois... tu ne m'arrêteras pas!"
Eddy Ktatur presse un bouton, une porte s'ouvre, et une dizaine de sbires entrent dans la pièce! G-Pério sera-t-il submergé par le nombre? Vous le saurez en lisant le prochain épisode: G-Pério contre Eddy Ktatur!
(A suivre...)
jeudi 2 octobre 2008
"Dormir..."
Dormir.
Les sommes nocturnes révèlent
la somme des mystères des hommes,
Je vous somme, sommeils, de
m'étonner
et de tonner.
Robert Desnos.
In "Corps et biens", Gallimard. L'heure s'y prête bien...
