Chez Anne Hecquedote

Cruchotte, psychote et radote.

dimanche 13 janvier 2008

L'exclusion de certains...

L'école est gratuite, laïque et obligatoire pour tous. Tout le monde le sait.

Ce que l'on sait moins, c'est que la phrase ci-dessus n'est qu'une théorie.

L. a onze ans. Il ne sait ni lire ni écrire, n'a aucune notion de la plus élémentaire politesse, est absentéiste professionnel et cherche à se faire exclure de classe quand il s'ennuie trop.

Mais s'il rate un mois, personne ne s'inquiète, ni ne le sanctionne. Ce qui est fait pour n'importe quel autre élève, ne l'est pas pour L.

Pourquoi donc ?

Parce que L. est un gitan.

Huhu, j'imagine des lecteurs hypothétiques qui ne connaîtraient pas le problème s'indigner: "Mais c'est une honte, cette discrimination !"

Sauf qu'il ne s'agit pas de discrimination. Mais de bon sens.

L., vous ne bossez pas avec lui, vous ne connaissez pas son clan.

Vous ne pouvez donc pas savoir qu'il est complètement en-dehors du système, que la lecture et l'écriture ne sont pas des activités ni valorisantes, ni importantes.

Il est complètement à l'extérieur du cadre, il est donc quasi-impossible de s'en faire obéir: il ne craint pas l'exclusion, puisqu'il ne fait pas partie de ce monde, et le collège parle de choses qui ne le concernent en rien.

Ce qui est important pour lui, c'est la musique.

Donc, quand un élève gitan s'absente ou démissionne, personne ne lui court après. Car il est impossible de l'intégrer s'il fait le choix de rester à l'extérieur de l'institution. L'Education Nationale ferme les yeux.

Au fait, ne me faites pas dire ce que je ne dis pas... le cas de L. est valable pour lui. Sûrement pour d'autres aussi.

Mais ne généralisons jamais. Il y a aussi des mômes gitans qui bossent et font de leur mieux. J., par exemple.

J., je ne le supportais pas. Chahuteur et insupportable, il rendait les études impossibles. Et puis, un jour, je distribuai le travail ("Attention, c'est Noté !"), et... il le fit. "C'est la première fois qu'il me rend autant de choses !" me dit Mme Maths. Pensant que sa mauvaise note le découragerait peut-être, je n'oubliai pas de l'encourager en lui rendant sa copie: "Ecoute, 1.5 sur 10, c'est pas beaucoup, c'est vrai. Mais Mme Maths m'a dit que c'était la première fois que tu rendais autant de choses. C'est vrai ? (hochement de tête convaincu) Et bien, elle était très contente de ton travail. Et ne t'en fais pas pour la note. On va corriger et si tu refais d'autres exercices comme ça, tu sauras comment faire; et des exercices, il y en aura d'autres, que tu réussiras mieux."

Pour l'instant, il s'est mis au travail, et fait tout son possible.

Et il me salue quand il me croise...

Posté par annekdotas à 15:23 - Les Autres - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

Ben oui, mais non.

Anne écrit : "L'école est gratuite, laïque et obligatoire pour tous".

Bon, je ne veux pas rouvrir la "querelle scolaire", mais c'est l'instruction jusqu’à 16 ans révolus et non pas l'école qui est obligatoire en France.

De fait, l'école de la République, laïque et gratuite, est l’option majoritairement choisie par les parents et les enfants, mais ce n'est pas le seul lieu d’apprentissage en France.

Certains parents choisissent de faire la classe eux-mêmes à leurs enfants. C’est leur droit le plus absolu. Vouloir imposer à tous les enfants une seule forme d’école serait quand même paradoxal dans un pays qui prétend offrir la liberté à ses habitants…
L'école privée ou libre (qui possède ou non un caractère confessionnel) cela existe aussi, puisqu’un enfant sur six la fréquente en France. Je rappellerai juste que depuis les lois Debré et Cie., l’école privée dite « sous contrat » (98 pour cent des écoles privées) enseigne les mêmes programmes que l’école de la République et ses enseignants suivent un cursus identique à ceux du public.

Posté par Monsieur D., dimanche 13 janvier 2008 à 17:46

Tu as raison Monsieur D., au temps (et honte) pour moi, je fus inexacte ('m'apprendra à écrire trop vite...)

Cependant, dans le cas de l'élève mentionné ci-dessus, aucun enseignement, privé ou public, ne sera donné...

Posté par MIss Cruchotte, dimanche 13 janvier 2008 à 18:21

Anne écrit "Cependant, dans le cas de l'élève mentionné ci-dessus, aucun enseignement, privé ou public, ne sera donné..."

Et oui, et cela au mépris de la loi.
La maison Education Nationale a pourtant les moyens légaux pour agir, mais elle décréte cyniquement que certains éléves sont irrécupérables.
Le pire, c'est que tout le monde s'en moque.

Posté par Monsieur D., dimanche 13 janvier 2008 à 23:48

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