mercredi 18 novembre 2009
"Coup de chance et autres nouvelles", de Roald Dahl
Cher oncle Roald,
Je m'appelle Anne Cruchotte et j'ai fait partie de tes milliers de minis-lecteurs. Charlie, Matilda, le Bon Gros Géant, les deux gredins ont été de plaisants compagnons pendant mon enfance. Au fait, n'est-ce pas Willy Wonka qui inventa la Bière-au-beurre? Il me semble que ses Oompas-Loompas en boivent sans modération... cette boisson a eu beaucoup de succès auprès des jeunes sorciers et des elfes de maison dépressifs!
Je savais, avec ton conte "La princesse et le Porcher", que tu avais écrit pour les adultes, mais je ne connaissais pas tes nouvelles "Coup de chance", qui ne sont pas faites pour un très jeune lectorat. 
J'ai été surprise en les lisant. Elles ne ressemblent pas tout à fait aux histoires que j'ai connues. Elles sont plus dures, plus poignantes... plus vraies. La première, "Le cygne", raconte des faits barbares. Plus de joyeuse fantaisie pour rire de la cruauté de tes contes, maintenant. Juste un regard réaliste, neutre s'il n'y avait pas une discrète, très discrète compassion de ta part envers le garçon brimé, dont tu fais un véritable héros.
L'histoire d'Henry Sugar fut la bienvenue après cette triste fiction! Comment interrompre sa lecture lorsqu'on suit le récit de cet Indien qui voit les yeux fermés? Et quand cette histoire est finie, il y en a encore une: un milliardaire décide de suivre son exemple pour vider les casinos! Henry qui était un être parfaitement vain et futile, devient un homme légèrement plus consistant une fois qu'il s'est entraîné à vider son esprit.
Il y a aussi une petite autobiographie qui me fit plaisir. Pourquoi? Parce que cela faisait des années que je me demandais qui tu étais, où tu avais vécu, comment tu travaillais... et, comme je suis négligente, je ne pensais jamais à lire une biographie ou des commentaires sur tes oeuvres. J'ai appris que c'était toi qui avais écrit les Gremlins qui ont inspiré les films! Et tu as un ton toujours un peu décalé pour raconter les choses... les années en pension, la R.A.F., la rencontre décisive... tu sais que, parfois, tu me fais penser à Pierre Gripari* en version anglaise? Comme lui, tu ne te prends pas au sérieux quand tu parles à la première personne. Je t'imagine comme un grand toujours un peu dans la lune, mais en apparence seulement, car pour avoir un humour aussi redoutable, il faut, à mon avis, être très attentif.
Ton livre est disponible au rayon jeunesse. Mais tu sais quoi? Quand je l'ai achevé, j'étais convaincue qu'il est assez fort, assez beau, et assez drôle pour plaire aux grands aussi.
*Contes de la rue Broca, de la rue Folie-Méricourt, La sorcière de la rue Mouffetard, Histoire du prince Pipo...
lundi 16 novembre 2009
Musique
dimanche 15 novembre 2009
I'm a bitch, suite
La requête Google du jour: "c'est une salope mais elle fait pas exprès et les salopes qui font pas exprès moi j'aime bien".
Alors attention.
Je précise, pour ceux que cela intéresse, que je ne suis pas une salope! Les salopes, ce sont mes copines (j'en ai même qui sont des pouffiasses...)! Mais moi, je ne suis pas comme elles: je suis une pute, je tiens à ce qu'on fasse la différence! Je fais quand même tout pour! Et je suis sale de surcroît: quand je suis pressée, je ne fais qu'un seul shampooing!
Qu'on se le dise, et qu'on ne se méprenne plus à l'avenir!
jeudi 5 novembre 2009
"American Psycho", B. E. Ellis
Hey Pat!
Je m'adresse à toi car j'ai du mal à écrire à un auteur vivant. Je suis d'une mortelle timidité. Je préfère m'adresser à un personnage fictif, c'est plus facile.
Quel drôle de nom que le tien! Pat Bateman... pour moi, "saloperie européenne", c'est difficile de ne pas penser au Dark Knight, même si tu n'as pas grand-chose à voir avec ce héros. Oh, comme lui, tu as de l'argent à n'en plus savoir qu'en faire, comme lui, tu vis dans une ville de buildings, comme lui, tu as une double vie... et, pas comme lui, tu tortures, assassines et violes n'importe qui.
Le début de tes aventures m'ennuya considérablement, je dois le dire. Quel intérêt y-a-t-il à lire une éternelle litanie de marques luxueuses? Chaque fois qu'un personnage entre en scène, tu détailles tout ce qu'il porte, mes dieux, c'est d'un ennui... j'ai donc lu une grande partie du roman de loin.
Et puis, j'ai remarqué que tu semais, çà et là, des allusions à tes activités sanglantes. Sans les détailler. Et, plus le roman avance, plus tu détailles tes tortures. Certaines pages sont insoutenables.
Et, tu sais, en lisant le roman, je me suis demandée si le problème venait de toi ou du monde dans lequel tu évolues. Ou des deux à la fois. Pourquoi?
Parce que tu ne sembles jamais voir les visages des gens qui t'entourent. Jamais ils ne sont décrits (ou alors quand ils disparaissent sous les litres de sang et les chairs déchiquetées). Non, les personnes qui t'entourent n'ont pas de visage, ni de personnalité singulière (j'ai mis du temps à comprendre qui était ta copine, d'ailleurs, c'est qu'en plus, Monsieur se débauche). Il n'y a que des prénoms et des marques de vêtements et de chaussures. Tous les personnages se résument à cela: des sans-visage, comme des mannequins, habillés et chaussés d'étiquettes. Peut-être que c'est pour cela que tu te plais à les découper: c'est la seule façon pour toi de les voir, de leur donner une présence tangible.
Et pourquoi ton monde me pose problème? Mais tu l'as constaté toi-même, Pat. Les conversations ne sont que des copier-coller de mondanités ineptes. Tes proches sont des robots dépourvus de spontanéité, figés dans des situations fausses, artificielles.
Ce qui est passionnant dans ton histoire, Pat, c'est qu'il est impossible de décider si tu es un tueur parce que tu es un robot ou parce que les autres sont des robots. Vous formez un tout parfaitement cohérent, les gens et toi. Tu es un symptôme de la course à la vanité, tu pousses le principe du je-veux-tout jusqu'au bout.
En achevant le roman, je me suis demandée pourquoi ton auteur l'avait écrit. Pourquoi avait-il fait un texte aussi glauque et révoltant?
Peut-être pour réveiller les individus en nous. Pour nous rendre un morceau d'humanité en nous forçant à nous s'indigner face à la misère et la barbarie, sous toutes ses formes, chose dont tes camarades de scène sont incapables de faire...
lundi 2 novembre 2009
"Le marchand de Venise", Shakespeare
Cher Oncle William,
J'ai lu l'une de tes pièces, "Le marchand de Venise". Sais-tu que cette oeuvre fait l'objet de mainte allusion dans nos ouvrages modernes? Même certains mangas en parlent! Il faut dire que cette dette est originale et a de quoi frapper l'imagination! Quel défi que celui d'Antonio: si ses bateaux ne reviennent pas, il donnera une livre de sa chair au lieu de
rembourser les trois mille ducats empruntés à Shylock...
Si l'intrigue s'arrêtait là, ce serait trop simple, n'est-ce pas? Il n'y a pas une histoire, mais trois: celle de Shylock, celle de Jessica, sa fille, amoureuse d'un chrétien, et de Portia, princesse amoureuse et prisonnière d'une énigme: seul celui qui ouvrira le bon coffret aura le droit de l'épouser... J'ai beaucoup aimé cette histoire-là, d'ailleurs, qui donne un petit goût de conte à ta pièce, avec une mise à l'épreuve de l'amant comme dans les romans de chevalerie.
En revanche, celle de Shylock... comment dire?
On dirait que tu as tenu à nous faire le portrait d'un avare parfaitement ridicule, comme Oncle Jibé le fera lui-même plus tard avec talent. Mais ton avare fait peur, rire et pitié en même temps. Peur, car il est sanguinaire, borné et cruel. Rire, car sa manie de l'argent est caricaturale au possible. Pitié, car il est parfaitement lisible que Shylock est une victime des chrétiens. Ces derniers passent leur temps à se moquer de lui et à lui cracher au visage! Je ne suis pas certaine qu'ils valent mieux qu'un vieil avare à moitié fou, et qui a encaissé toute sa vie insultes et crachats en même temps que ses pièces d'or...
Bien sûr, si cela explique le caractère de Shylock, cela n'excuse pas son contrat, ni la joie sadique qu'il manifeste lorsqu'il s'apprête à tuer Antonio en toute légalité. Mais tu as trop insisté sur les mauvais traitements qu'il a essuyés dans le passé et dans la pièce pour que je le condamne franchement.
Je ne sais pas ce que tu en penses, et ne le saurai jamais. Je me contente de me dire que, si tu étais si antisémite que ça, tu aurais décrit ton Shylock méchant parce que Juif. Tu n'aurais pas pris la peine de t'étendre sur ses douleurs et sa haine. Peut-être t'es-tu simplement adonné à un jeu rhétorique dans lequel tu défends ce que tu ne penses pas. Peut-être as-tu joué à lui donner une humanité à laquelle il n'a pas droit pour toi, parce qu'il est juif.
Moi, tout ce que je comprends, c'est que tu en as fait un personnage complexe, bien plus complexe que notre classique "Avare".
Quoi qu'il en soit, je relirai ta pièce avec plaisir. J'aime beaucoup aussi le personnage de Portia, et je trouve audacieux qu'un homme soit sauvé par elle, une femme, alors qu'elle n'a pas le droit de plaider!
Un Juif méchant mais humain, et une femme qui prend la place d'un homme pour dénouer le drame... Je me plais à penser que ta pièce montre les ravages causés par la haine, et que les fins heureuses sont amenées par les amantes déterminées.
